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Poésie Les mots collés à la peau

janvier 2005 | Le Matricule des Anges n°59 | par Richard Blin

Entre reflets et empreintes, Lionel Destremau fraye son chemin de chair et de langue.

Le Pli, la pluie et puis après

Du pli à la pluie des échos se répondent, une contagion s’amorce, tandis qu’avec et puis après s’esquissent les prémices d’une tentative de conjuration. Le Pli, la pluie et puis après, le premier livre de poésie publié par Lionel Destremau (par ailleurs cofondateur des éditions Prétexte), propose en deux parties formées chacune de quatre sections des poèmes serrés, compacts, comme enkystés autour d’un centre de gravité fait d’ici et de maintenant souvent confronté aux affres de la dépossession. Poèmes-blocs balisant un parcours, imposant un tempo très personnel, une cadence, quelque chose comme la musique savante d’un rythme capable de rendre particulièrement sensibles les effets de désorientation dans un corps porté, emporté, par le flux de ses désirs et de ses souvenirs. Errance labyrinthique entre le vif et le mort, sur fond d’écoulement douloureux du temps.
La pluie est l’agent de ce grand lavage ontologique, l’élément dissolvant qui, dénudant l’être, le rend à un contact immédiat avec le monde. Avec la pluie, c’est le temps qu’on entend couler, le temps de l’attente, le temps nu qui défait et emporte. Mais son récitatif se trouve comme liquéfié dans la flaque du poème où viennent se prendre les reflets mouvants des images qui hantent le fond de l’œil et de l’âme, et celles qui déplient la réalité vivante de ce qui dresse un mur entre le rêve et la vie, le dehors et le dedans. Le mur des choses, le mur du rien, le mur de tout ce qui borne, sépare, empêche de voir, et emprisonne. Ce sont ces murs, qu’il s’agit d’abattre ou de contourner, c’est ce combat pour sortir de soi et du « chez soi » – que scande chaque section du livre, comme autant d’étapes ou de relais d’une marche par à-coups et relances : « ce qui me bloque/ sépare et ne sépare pas/ le nez collé contre une vitre/ ça grouille pareil de partout/ on voit aveuglément/ j’avance un pas pour sortir/ puis un autre on y est/ on efface de fausses traces de rues/ s’y cogne encore à rien ».
Par avancées et retraits, on marche, on tourne en rond, on s’aventure dans le hiatus, la béance, la faille, écartelé que l’on est entre le Je et le On, la peur d’être bu vivant ou hypnotisé par les clignotements d’une présence dont la force d’emportement égare, laisse ahuri ou coincé dans les plis et les replis des apparences et de la peau des mots. Périlleux va-et-vient entre mue et re-naissance, entre ce qui saigne encore dans le présent et ce qui reste de désir dans des mains vides.
Entre traces et empreintes, effets de surface et déplacements, il s’agit de se laver de tout ce qui colle encore et flotte à la surface des choses, d’échapper à « la trace/ toujours là sur l’œil/ qui empêche de voir ». Déhanchement rythmique, glissando permanent où se donnent à entendre l’imparfait radical du réel, et tout ce qui fait de l’écriture une façon de respirer et d’aller parmi ruines et reflets, guidé par « le fluide aérien du désir ». Une sorte de funambulisme que traduit – à son insu sans doute – le titre de la deuxième partie : « D’une manière ou d’une autre dans l’air » : « ça ressemble à de l’air/ n’a pas d’odeur de/ fragrance flagrante mais/ on repousse les corps/ s’y mêle s’emmêlent/ chairs à l’appel et je reste/ sexe bras et jambes/ et croix où/ s’épingle le souffle ».
Respiration, répétition, aspiration par où s’expriment la scansion de l’être, la quête, dans un au-delà de l’écriture, de cet instant où s’entrouvriront les plis de l’air ou du ciel sur la déchirure euphorique, l’apparition bouleversante « seins sels et lèvres » d’une Vénus aussi belle qu’inaccessible, ruisselante de l’eau des mirages, et bruissante de la musique de tout ce que l’on quête au-dehors, et qui n’est jamais que cela même qui appelle au-dedans de nous-mêmes…

Le pli, la pluie et puis après, Lionel Destremau
Tarabuste éditeur, 150 pages, 15

Les mots collés à la peau Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°59 , janvier 2005.
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