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Domaine français En toute sympathie

février 2005 | Le Matricule des Anges n°60 | par Thierry Guichard

En dix pépites délicatement extraites du quotidien, François Salvaing donne à ressentir l’existence de ceux qu’on ne sait plus regarder.

Les dix nouvelles de Le Cœur trouble puisent dans l’histoire récente leurs trames narratives : c’est ici la Coupe du monde de football à Paris qui est évoquée, là l’exposition universelle à Séville, ailleurs une exposition de photos au Palais de Tokyo. On y reconnaît notre monde politique aussi, avec le portrait d’une femme « présidentiable », notre époque sportive avec la dérive d’un coureur cycliste qui a raccroché. Ce monde-là, nous le connaissons : il est, il pourrait être celui des journaux. Sauf que François Salvaing écrit une langue qu’on ne saurait trouver dans les quotidiens, ni les hebdomadaires, encore moins les J.T. C’est une langue belle, inventive, qui détrousse les personnages (comme le pickpocket de « Le Marieur de Séville ») des masques qu’ils garderaient s’ils se savaient à ce point observés. C’est une langue et un regard qui découvrent, qui révèlent avec un tact, une tendresse et, parfois, une douloureuse nostalgie cette dérive des hommes que la vie a déracinés.
Dans la plupart de ces récits, une dimension politique apparaît en creux : il s’agit, sans effet de porte-voix de dire combien le joug de la domination est effroyable. Ainsi la nouvelle qui ouvre le recueil, pourtant pleine de douceur et de poésie. Un enfant au cinéma est impressionné par un personnage qui entre dans un tableau de Van Gogh, c’est Dreams de Kurosawa qu’il regarde avec son père. Plus tard, à Paris où sa mère vit en couple avec une autre femme, il visite une exposition de photographies du Brésilien Salgado sur les travailleurs manuels. L’enfant pénètre alors par l’imagination dans un des clichés qui représente une mine d’or (et de boue) où 50 000 mineurs travaillent et suent sous la surveillance d’hommes armés. Avant de devenir le héros qui apportera au père la pépite d’or et l’amour retrouvé avec sa mère, l’enfant partage la souffrance de ceux qui travaillent là, en dessous de l’humanité.
C’est comme si François Salvaing habitait un sujet exploré en tant que journaliste pour y tracer une fiction plus parlante que n’importe quel reportage. Dans « Le Suppléant », Jean-Guy vient d’être choisi par le parti pour mener la campagne des législatives. Jusque-là, il n’avait été que le suppléant d’Henri auquel mission lui est confiée d’annoncer la nouvelle. Henri est un roc, un géant, l’éternel candidat et c’est lui planter un poignard dans le dos que lui annoncer sa mise à l’écart. Magnifiquement écrite à hauteur d’homme, cette nouvelle révèle une fragilité insoupçonnée, la part d’enfance des grandes gueules. Elle enterre aussi toute une époque du Parti Communiste dans un français riche en images, comme celle-ci, l’ultime : « Il sourit et quand Henri souriait ainsi on aurait dit qu’il lâchait d’un coup sur son visage une escadrille de cerfs-volants. »
Dans « Les Demeures d’Aomar », le romancier donne voix à un jeune Marocain qui, après des études de médecine à Casablanca et fuit son pays et l’Algérie, se retrouve en France. Il y est depuis près d’un an, lorsqu’enfin il se décide à rendre visite à son père, à Gennevilliers. Faut-il en dire plus de cette nouvelle ? Ce serait en désamorcer peut-être la tristesse infinie qu’elle recèle. Et la saine colère qu’elle provoque.
« Le Cœur trouble » qui clôt le livre, évoque deux figures marocaines : Z., rencontré lors d’un retour de l’écrivain dans son pays de naissance et M. ami connu à Paris dans un foyer d’étudiants étrangers. Z. a été emprisonné et torturé par le régime d’Hassan II. M., l’écrivain l’apprendra par un article, aurait fait partie de ceux qui enlevèrent et tuèrent Ben Barka l’opposant du roi. Faut-il le croire, en avoir le cœur net ? L’écrivain choisit qu’il reste trouble, et d’écrire.

Le Cœur trouble
et autres
nouvelles

François Salvaing
Fayard
203 pages, 14

En toute sympathie Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°60 , février 2005.
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