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Domaine français L’art du recyclage

février 2005 | Le Matricule des Anges n°60 | par Lucie Clair

Avec des personnages outranciers en guise de portraits de l’Afrique, Alain Mabanckou souhaite s’inscrire dans les annales de la littérature quitte à s’en gorger.

Une fois n’est pas coutume, c’est à partir d’un autre texte que celui dont il est ici question que la lecture de Verre cassé peut véritablement se révéler pour ce qu’elle produit. Et autant laisser à Pierre Michon exprimer tout de go notre sentiment : « Qu’il n’y ait pas de bonne littérature, qu’on déduirait par opposition à une autre, mauvaise, c’est suggéré dans Madame Bovary. Homais affirme en effet qu’il existe de la mauvaise littérature, et on sait que tout ce que dit Homais relève de l’opinion, de la bêtise, de ce qui doit être. Voici : « Certainement, continuait Homais, il y a la mauvaise littérature comme il y a la mauvaise pharmacie. » D’où peut-être on peut tirer cet axiome : quiconque postule qu’il y a de la mauvaise littérature, et aime cette idée, n’écrira jamais de bonne littérature. » (Corps du roi) Or la littérature est le grand sujet de Verre cassé.
Reconnaissons-le de suite : l’ouvrage se lit vite sans conteste. À la fin des deux cents pages, surgit pourtant un état de confusion et de perplexité. L’un après l’autre, des personnages caricaturaux, pêchés par le narrateur de l’improbable bar d’un quartier qui ne peut que se conjuguer sur le registre des déshérités de Brazzaville, s’alignent pour tenter de nous faire croire que le monde est là, la vie s’exprime, à force de misère et de mésaventures. De l’honorable père de famille embastillé sans procès à la suite de l’accusation mensongère de pédophilie par sa femme, condamné à se faire défoncer le fondement par ses partenaires de cellule jusqu’à porter des couches à sa sortie et affublé par l’auteur du sobriquet de « type aux Pampers », à Robinette, dont l’apanage principal consiste à savoir uriner plus longtemps que n’importe lequel des buveurs du lieu, l’anecdote se déroule sans autre résultat que de se narrer elle-même. Car ces personnages, qui se veulent « hauts en couleur », pour reprendre une expression participant du même niveau que celui qui nous est ici donné, fournissent de pâles images d’une humanité vidée de sa substance par un écrivain le narrateur, simulacre âgé d’un auteur très présent par ses constantes références académiques en charge de pourfendre le monde littéraire, politique et économique. Pour ce faire, rien n’est aussi peu efficace que la langue familière truffée de références romanesques, politiques, cinématographiques, voire de proverbes, mis bout à bout, en guise de voix : « je crois que c’est ma dernière journée dans cet établissement même si je n’en suis pas convaincu moi-même, mais je suis persuadé que c’est la dernière journée, il faut apprendre à finir, je me dis ça pendant que je sors du bar avec mes illusions perdues, et je traverse l’avenue de l’Indépendance, y a Mama Mfoa qui vend des brochettes de viande juste en face du Crédit a voyagé, elle est chauve et chante de temps à autre pour nous amuser, c’est pour cela qu’on l’appelle affectueusement La Cantatrice chauve… »
L’hommage se dilue, passe de Victor Hugo à San Antonio, Conrad, J.K.Toole, Pasternak, Baudelaire, Chateaubriand, abouche les titres de romans. À se perdre dans les méandres des citations déguisées, à vouloir en construire un style, on pourrait penser une technique d’écriture, Alain Mabanckou tente page à page de nous convaincre qu’il fait de la littérature bonne, évidemment, puisque révoltée, truculente, ironique (voire sarcastique) qui se veut transgressive (de quoi se demande-t-on à la lecture des allusions à Bukowski et à l’apologie gratuite de l’ivrognerie comme panacée de l’écriture ). Par cet effort même, il pratique surtout une forme de recyclage et cesse de nous relier au monde, pour mieux chercher à nous entraîner dans un charivari d’érudit auquel la poésie n’a jamais parlé. Allons, relisons Michon, Manchette, et Bukowski, allons à la source.

Verre cassé d’Alain Mabanckou
Seuil, 208 pages, 17,20

L’art du recyclage Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°60 , février 2005.
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