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avril 2005 | Le Matricule des Anges n°62 | par Jean Laurenti

Dans son nouveau roman, Antoine Choplin compose le portrait sensible d’un artiste qui, promenant son regard d’enfant sur le monde et les êtres, révèle un peu de leur douleur.

Léger fracas du monde

Des personnages qui habitent les livres d’Antoine Choplin émane une grande douceur. Ils ont cette sorte de grâce qui suscite chez le lecteur empathie et questionnement, désir de les approcher au plus près pour capter une part de leur mystère. Mais il faudra se résoudre à prendre congé d’eux avec pour seul butin quelques bribes de leur vie, l’ombre de leur secret portée sur la page. Radeau, le précédent roman d’Antoine Choplin, conte l’histoire d’une rencontre amoureuse entre deux êtres dont les chemins avaient peu de chances de se croiser. Mais voilà, il y a la guerre, l’écho qu’on en devine dans les vies bouleversées de Louis, au volant de son camion, et de Sarah, une jeune femme qui porte un enfant et une histoire douloureuse dont elle ne dira rien. Ces vies se donneront davantage à saisir dans les gestes esquissés, dans les silences, les dialogues fragmentaires, ce que l’auteur nomme « du réel traversé de quelques bribes ». Dans Radeau comme dans Léger fracas du monde, il est beaucoup question de peinture. Dans le premier, l’art accompagnait les personnages dans leur perception d’un monde en guerre, les aidait à mettre des mots sur son fracas. Dans le second, Évariste, le personnage principal, est un homme qui par la peinture est parvenu à se reconstruire, à réparer un peu la mutilation de son enfance.
L’auteur, lui, n’évolue pas dans le milieu de la peinture. Né en 1962, il a suivi des études d’économie et de mathématiques à l’université et a longtemps pratiqué la musique guitare et piano. Sur le plan professionnel il va exercer différentes activités dans le monde du spectacle vivant : il s’occupe d’abord pendant quelques années de danse contemporaine à l’opéra de Lille avant de monter près de Grenoble sa propre structure, « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles dans des lieux inattendus, en l’occurrence des sites de montagne. Montrer du théâtre ou de la danse dans un refuge, sur une crête après avoir longuement crapahuté dans la montagne, voilà une incongruité qui rappelle celle qui est au cœur de Radeau : il s’agissait de regarder des tableaux emportés par Louis du musée du Louvre notamment « Le Radeau de la Gorgone », de Géricault exposés dans un jardin. Et ce regard, ainsi délesté de la pesanteur de l’institution, déclenchait une libération de la parole. Avant Radeau, Antoine Choplin avait écrit un premier roman, Tambour et peignoir incarnat, paru chez un éditeur nantais, Le petit véhicule. Il est aussi l’auteur de deux recueils de poésie et de quelques courts récits. S’il écrit depuis son adolescence, c’est seulement depuis quelques années qu’il s’est vraiment organisé pour cela : « J’ai accepté l’idée qu’écrire devenait un choix de vie. Quelque chose d’intérieur qui déborde… » Désormais la moitié de son temps est consacrée à ces spectacles en montagne ; l’autre est réservée à l’écriture.
Cette douceur qu’on évoquait en ouverture, c’est celle d’êtres qui sont comme en exil dans la brutalité du monde. Sarah, sa douleur enfouie et sa force intérieure irradiaient Radeau ; Évariste Galois, le peintre de Léger fracas du monde promène sa silhouette d’enfant étonné dans les rues de la ville d’Aix-les-Bains et sur les berges du lac du Bourget où il est venu faire un bref séjour : il a l’intention de peindre son dernier tableau. En Évariste, l’enfance est plus que métaphorique, elle est l’essence même du personnage. Et c’est autour de cette légèreté-là que vont naître les rencontres qui scandent le livre. La première d’entre elles, l’une des plus touchantes se déroule dans le train : une petite fille de 8 ans, Juliette, vient s’asseoir dans le compartiment où Évariste est installé. Elle reconnaît en lui un semblable : « ça doit faire bizarre d’être un enfant quand on est grand », lui dit-elle avec cette gravité qu’on a parfois à cet âge. Après Juliette, il y aura Tiffany, jeune femme suicidaire qu’Évariste, avec son air de rien, ramènera à la vie ; Cerise, la jeune prostituée qui rêve de faire du théâtre et qu’il écoute déclamer en sirotant du champagne ; Apollina, la championne d’échecs qu’on a rendue muette et avec qui il va disputer une partie qui aboutira à une relation amoureuse. Et à l’arrière-plan, la figure omniprésente de Daphné, l’ange gardien de la maison de santé George-Sand dont Évariste a été pensionnaire, l’aide-soignante qui est à l’origine de sa vocation de peintre. Chacune de ces rencontres repose sur une alchimie, l’innocence du regard du peintre posé sur un personnage féminin dont l’histoire se donne à lire de façon fragmentaire, au fil de l’échange. En retour, un peu de l’énigme d’Évariste se dissipe ; la blessure qu’il porte en lui apparaît dans un clair-obscur, de même que sa passion pour les visages, l’unique motif de son travail d’artiste.
Pour exprimer le mystère des êtres, mettre en lumière un peu de leur part d’ombre, Antoine Choplin façonne une phrase dont le rythme même suit les méandres de la pensée, les interruptions, les envols, les chutes. « J’ai un attrait pour la complexité de ces petits mondes-là, explique-t-il. Et je ressens comme une incapacité à les dire. » Au final, le livre est constitué de ces petits riens qui ont résisté à la tentation du silence. Au lecteur d’en recomposer le sens à partir de son propre regard. Un peu comme s’y emploie Évariste qui, depuis la chapelle haut perchée au-dessus du lac, observe les minuscules objets façonnés par les hommes : « C’est ce qu’il se dit Évariste, qu’ils perdent leur sens mais que, aussitôt, ils en acquièrent un autre, tout neuf, rien qu’en étant placés là, dans cet écrin. Dérisoires et à la fois précieux. »

Léger fracas
du monde

Antoine Choplin
La Fosse aux ours
155 pages, 16

Visages découverts Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°62 , avril 2005.
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