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Histoire littéraire À gauche toute !

mai 2005 | Le Matricule des Anges n°63 | par Thierry Cecille

Alors que la France célèbre précautionneusement le centenaire de Sartre, redécouvrons une autre voix : celle de Paul Nizan, révolutionnaire lucide.

Articles littéraires et politiques, tome I

Plus encore que Raymond Aron, Nizan fut, durant leurs années d’apprentissage, l’alter ego de Sartre : né lui aussi en 1905, lui aussi normalien et agrégé de philosophie, il devance en fait Sartre en littérature (son premier succès, Aden Arabie, pamphlet anticolonialiste, est publié en 1931) et surtout en politique. Si Sartre attend la « drôle de guerre » pour commencer à s’éveiller Nizan, lui, collabore dès 1929 à des revues marxistes, se présente sans succès aux élections législatives de 1932 à Bourg-en-Bresse (enseignant, il y est dénoncé comme un « messie rouge » ), écrit ensuite pour Europe, Monde ou L’Humanité, et prend en charge l’organisation de divers congrès antifascistes. Si ce premier volume (trois autres suivront !) s’étend de 1923 à 1935, la majeure partie en est constituée d’articles des seules années 1933 à 1935, témoignant ainsi d’une activité soutenue, d’autant plus remarquable que les axes de réflexion y sont multiples, de la critique littéraire à l’analyse économique, de la philosophie au reportage.
Bien sûr, il peut nous paraître très lointain, ce temps où écrivains et philosophes se demandaient comment, en tant qu’écrivain ou philosophe, être « du côté des opprimés » ? Le terme fait sourire, d’aucuns s’en débarrasseront d’un haussement d’épaules. Des euphémismes ont pris la place, ou cette catégorie désespérante : les exclus qui semble exclure en même temps toute révolte. Pourtant, nombre des interrogations de Nizan, loin de perdre de leur force dès lors que le rêve soviétique a fait faillite, en resurgissent peut-être avec plus d’acuité… Qu’est-ce que la littérature « bourgeoise » Mauriac, Giraudoux, Martin du Gard (les noms actuels seraient légion) peut décrire, si ce n’est l’extinction de ses « valeurs » et le désespoir de la solitude individualiste, coupée de la lutte ? Vers quel côté se tournera, demain, le nihilisme d’un Céline, dont le Voyage est certes une « œuvre considérable », un extraordinaire « roman picaresque », mais dont la « révolte pure peut le mener n’importe où, parmi nous, contre nous, ou nulle part » ? À quelles conditions une véritable littérature révolutionnaire est-elle possible, qui puisse dépasser le « nouvel exotisme » ou le falsificateur « réalisme poétique » des écrivains populistes Poulaille, Dabit, Guilloux (pensons aux actuels « témoignages » sur « les cités » ou au silence du roman contemporain sur les réalités du néocapitalisme, si l’on excepte François Bon ou Jacques Serena…) ?
On peut certes être quelquefois agacés de sentir la qualité de ses jugements infléchie par les fluctuations de la ligne stalinienne ou les virages pris par quelques compagnons de route : ainsi sa critique envers Giono devient-elle bien moins acerbe qu’auparavant dès que ce dernier prend conscience que le rêve communiste pourrait compléter son habituelle utopie paysanne ! Mais la plupart du temps, sa lucidité demeure en éveil : ainsi retrace-t-il avec honnêteté et empathie la trajectoire complexe de Gide, jusqu’à son rapprochement (qui fera d’ailleurs long feu) avec le communisme, ou pressent-il, par exemple dans le succès de Kierkegaard ou la philosophie d’Heidegger, le lien étroit entre une certaine thématique de l’angoisse existentielle et les choix fascistes (il n’est pas jusqu’à certaines dérives du Collège de sociologie de Bataille et Caillois qu’on ne puisse anticiper ici). La dimension autobiographique, enfin, n’est pas absente : elle contribua au succès d’Aden Arabie, inspira en partie ses romans*, nous la retrouvons ici dans ces Secrets de famille, belle esquisse d’autoanalyse, ou dans ce long récit d’un voyage au Tadjikistan, riche de rencontres, de paysages et d’atmosphères, et en vérité plus proche d’un texte de Bouvier que de la littérature strictement propagandiste que certains attendaient sans doute de lui.

* Signalons la réédition du Cheval de Troie (L’Imaginaire/Gallimard), avec une belle préface de Pascal Ory dont la biographie Nizan : destin d’un révolté est également rééditée par les éditions Complexe.

Thierry Cecille

Articles littéraires et politiques I
Paul Nizan
Editions Joseph K., 566 pages, 30

À gauche toute ! Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°63 , mai 2005.
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