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Histoire littéraire Defoe et les vrais voleurs

juillet 2005 | Le Matricule des Anges n°65 | par Thierry Guinhut

Du larcin à la vertu, des bas-fonds de Londres à l’esclavage en Amérique, l’auteur de « Robinson Crusoé » nous embarque dans un attachant roman picaresque.

Colonel Jack

Robinson Crusoé est l’arbre qui cache la forêt. Certes, avec l’invention en 1719 de l’île déserte et de sa colonisation par un individu entreprenant, Defoe a créé un mythe susceptible de nombreux avatars, mais on ne peut le réduire à ce seul livre. Il fut aussi avec Moll Flanders et Colonel Jack un grand auteur de roman picaresque et d’éducation.
Ces derniers sont nantis de sous-titres à rallonges. Ainsi, en 1722, ce sont les « Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders qui naquit à Newgate et pendant une vie incessamment variée qui dura soixante ans, sans compter son enfance, fut douze ans prostituée, cinq fois mariée (dont une fois à son propre frère), douze ans voleuse, huit ans déportée en Virginie et finalement devint riche, vécut honnête et mourut pénitente ». Le lecteur pardonnera ce long préambule : on ne peut faire moins pour une année « annus mirabilis » du roman anglais qui vit la publication conjointe par Defoe du Journal de l’année de la peste et de notre Colonel Jack. Car comme Moll Flanders (sans en être une répétition) il fut voleur et déporté en Virginie, avant de faire fortune. Nous n’avons là que picoré dans le copieux sous-titre en omettant le « se maria cinq fois à quatre putains »
Il faut admettre que Colonel Jack, pourtant moins connu que Moll Flanders, est parfois plus excitant, ne serait-ce que par la vitesse narrative qui s’empare du lecteur dès les premières pages. Voilà notre orphelin des bas-fonds londoniens, livré à la rue, couchant dans les cendres d’une briqueterie, devenant comparse de pickpockets effrontés, de pendards promis à la corde, milieu bien connu de l’auteur qui passa quatre années en prison. Malgré ses vols à la tire, son éducation inexistante, quelque chose retient Jack de tomber dans l’endurcissement du péché : sa conviction d’être un gentilhomme… Il lui faudra pourtant bien des expériences et des avanies, entre rapts, commerce maritime et rencontres de corsaires, avant de prétendre à cette qualité sans jamais l’atteindre entièrement. Car malgré ses courageux et moraux succès financiers, il reste un gueux, un picaro. Son surnom deviendra un grade effectif, mais il ne pourra devenir noble : voilà la limite de son ambition.
Faute de noblesse, il parvient après de nombreuses aventures à une sorte de sagesse. Vendu comme forçat dans une plantation du nouveau monde, il se prend de repentir : pour la première fois il gagne son pain en travaillant dur, et ses larmes, à l’écoute de son maître sermonnant un ancien voleur, lui valent protection et promotion. C’est là que le roman prend un tournant inattendu. Il est le seul à imaginer que les « nègres brutaux » puissent être rendus « sensibles aussi bien au pardon qu’au châtiment », puis, métamorphosés par la clémence, la reconnaissance, être ainsi heureux de mieux travailler pour le maître : « Que la vie d’un esclave en Virginie est donc préférable à celle que peut mener le plus opulent des voleurs ! »
Une fois devenu riche en devenant planteur à son propre compte, notre héros repartira en Europe s’engager dans l’armée pour y devenir vraiment colonel. Il ne restera plus qu’à parfaire son roman d’éducation grâce à une dernière dimension de la vie humaine. Après l’accession à la vertu, puis à la bravoure, viendra l’amour, ses apparences, ses ruses, ses déceptions… Pas moins de cinq mariages, non sans qu’il retrouve une épouse infidèle sous les traits d’une condamnée au travail forcé, bouclant ainsi la boucle du mal, du châtiment et de la vertu durement acquise et consolatrice. Hélas, cette partie sent un peu le remplissage pour un auteur qui travaillait à la commande et dans le but avoué du gain immédiat.
Roman picaresque certes, mais à visée morale. On se demandera si le plus intéressant est le réalisme avec lequel sont décrits le milieu et la vie des voleurs, préfigurant ainsi Dickens, ou cette vision humaniste et optimiste de l’esclavage, pas si courante au début du XVIIIe siècle, annonçant les Lumières…

Colonel Jack
Daniel Defoe
Traduit de l’anglais
par Michel Le Houbie
Phébus
304 pages, 19,50

Defoe et les vrais voleurs Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°65 , juillet 2005.
LMDA PDF n°65
4,00 €