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Entendu à la radio Assomption, futé bison

septembre 2005 | Le Matricule des Anges n°66 | par Valérie Rouzeau

En ce week-end du 15 août, comme toujours rouge orange sur les routes, on a écouté la radio et grâce à la radio, précisément grâce à l’émission « De bouche à oreille » (midi sur Culture) consacrée dimanche 14 août aux « légumineuses, lentilles et compagnie » j’ai acheté mes premiers cocos roses du Canada, en bas de chez moi rue des Rosiers, au supermarché arabe. À la caisse j’évoque l’émission que je viens d’entendre, où le chef cuisinier, Régis Marcon, avait décrit ces cocos avec un sourire qu’on pouvait voir passer sur les ondes, et sa recommandation de laisser cuire tout doucement les haricots, pour que la peau ne se détache pas. C’est alors que le monsieur à la caisse – le gérant du petit supermarché – m’a conseillé de cuire mes cocos avec du porc pour leur donner plus de goût. (À Saint-Ouen, les électeurs du FN disent que c’est une ville où l’on ne trouve pas de porc, que toutes les boucheries sont halal etc.) Il a fallu cette émission – laquelle soit dit en passant m’a appris, entre autres, que « phacochère » signifie « mangeur de lentilles » en Grec, que les vacanciers, voyant « les champs d’herbes folles en Haute-Loire l’été » s’arrêtent pour y piqueniquer, ignorant que ce sont des champs de lentille, laquelle croît parmi bleuets et coquelicots, on la récolte en août avec une petite moissonneuse-batteuse explique Jean-René Mestre, pharmacien spécialiste ayant consacré un ouvrage à la variété verte du Puy… Oui, il a fallu cette émission pour que j’aille quérir ces cocos et engage cette conversation avec le monsieur du supermarché des rosiers. À la question « C’était quand même (les lentilles) une nourriture de pauvre ? » le pharmacien répond que « Non, c’était une nourriture de base » – ce qui me sera confirmé par mon voisin, auquel je poserai un de ces jours celle des fèves… Avant l’émission légumineuse, j’avais écouté « L’Esprit public » de Philippe Meyer consacrée au dernier ouvrage de Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République : l’avenir des intellectuels en France paru chez Fayard au début de l’année. L’historien et sociologue recense trois types d’intellectuels : « révolutionnaire », « de gouvernement » et « spécifique ». On rangera un Sartre dans la 1ère catégorie, un Finkielkraut dans la 2ème, un Derrida dans la 3ème. Le révolutionnaire préfère se dire philosophe, le de gouvernement lie le savant et le politique, le spécifique est plutôt sociologue. Noiriel appartient à cette dernière « famille » dont il dit qu’elle est orpheline depuis la mort de Bourdieu. Un débat s’ébauche avec Max Gallo, écrivain et historien ; Jean-Louis Bourlanges, député européen et professeur à l’IEP de Paris et Yves Michaud, philosophe et directeur de l’Université de tous les savoirs qui pose la première question : « Quel est l’intérêt de ceux qui parlent au nom de la société ? » Noiriel dira que les intellectuels ne formant pas un groupe professionnel, on peut supposer qu’ils ont en commun de prendre le pouvoir et la parole « au nom des opprimés ». Puis se succèdent les critiques de l’ouvrage – ainsi Bourlanges, qui avait apprécié le livre de Noiriel sur les ouvriers, avoue « ne pas se sentir en phase » ; Max Gallo voudrait des éclaircissements sur « la question de l’identité » et trouve que le livre manque d’Histoire ; Yves Michaud demande si « l’intellectuel de gouvernement a tant de pouvoir que ça ? » et, grosso modo, Noiriel se défend mal. Sauf à répéter que dans son livre il a d’abord tenté de « dégager des figures idéales typiques » il ne répond pas vraiment aux questions posées, mais en soulève plutôt d’autres : l’urgence d’exister collectivement, notamment pour les intellectuels spécifiques dont l’impuissance est liée à leur narcissisme ; l’importance de trouver un langage adapté, la majorité des gens n’ayant pas voix au chapitre, sans trancher les débats à leur place. Les paroles partent dans tous les sens, le temps vole et on ne saura pas dans quelle catégorie Noiriel classerait Jaurès. Culture toujours l’après-midi 15h, « Radio Libre : Cent ans de Socialisme ». Je note des bribes du discours de Mitterrand qui vient d’être élu pour la première fois président de la République : « fidèle à l’engagement de Jaurès » (deux fois le nom du grand homme en à peine 4h d’intervalle) ; « Il est dans la nature d’une grande nation de concevoir de grands desseins » ; « Il n’y a eu qu’un vainqueur le 10 mai 1981, c’est l’Espoir » – je mets la majuscule qui correspond à l’emphase avec laquelle Mitterrand a prononcé le mot. L’émission continue, on arrive à la débandade du PS, et, de manière assez troublante, après l’ « Espoir » du futur « Tonton » c’est le terme d’ « Espérance » qu’on entend prononcer à la retransmission de bribes du Congrès de Rennes où s’exprime la désunion du parti. Ce n’est de toute évidence pas voulu, mais notant ces fragments de discours on ne peut qu’être frappé par cet « Espoir » qui douze ans plus tard se change en vertu théologale. Quand Bérégovoy se tue après les législatives catastrophiques de 1993, le Président n’emploie pas le mot « suicide » dans le discours passionné qu’il prononce en hommage au Premier ministre… A 22h les infos sur RTL évacuées en 3mn, football en direct oblige : « Plus qu’une heure aux colons israéliens pour quitter la Bande de Gaza. » Je passe de 104.3 à 104.7. Europe 1. « Marseille- Lyon un but partout. » Me crois zappée rewind sur RTL. Puis arrivent les mauvaises nouvelles – le Boeing grec, Benoît XVI. Qu’il vienne, qu’il vienne/ Le temps dont on s’éprenne… Qui chante Rimbaud sur Radio Libertaire ? J’écoute « la radio sans dieu, sans maître, sans publicité » jusqu’au 15 août, la revue de presse du soir où elle signale que L’Humanité est le seul journal à parler de l’hypocrisie de la politique d’Ariel Sharon. On libère Gaza ? Mais on brigue la Cisjordanie ! Les autres ont-ils la cataracte ? Le matin sur Inter, le Dr Dachez nous apprenait que cette délicate opération est l’une des plus anciennes, on disait voici quelque 3000 ans en Mésopotamie « enlever le nuage de l’oeil »

Assomption, futé bison Par Valérie Rouzeau
Le Matricule des Anges n°66 , septembre 2005.