La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poches Mansour la venimeuse

septembre 2005 | Le Matricule des Anges n°66 | par Hélène Pelletier

Voici l’élévation d’une voix détonante et trop peu fréquentée, l’affirmation identitaire choquante et drôle d’une des dernières figures du surréalisme.

Née d’une famille égyptienne, Joyce Mansour (1928-1986) grandit en Angleterre pour s’installer en France au milieu des années 50. Avec la parution d’un premier recueil de poésie intitulé avec justesse Cris (Seghers, 1953), elle prendra part au mouvement surréaliste d’après-guerre et deviendra entre autres l’amie de Breton, Michaux, et Alechinsky, lequel lui confiera de titrer certaines de ses œuvres. Elle sera également auteur de théâtre et de fictions singulières. Les Histoires nocives, réunissant deux nouvelles nommons-les ainsi, Jules César (Seghers, 1958) et Îles flottantes, plus que déroutantes, d’abord publiées chez Gallimard en 1973, révèlent une étonnante femme.
Si l’essentiel des revendications surréalistes posées par Breton dans son premier Manifeste pouvait se traduire en un souhait que l’on « se taise quand on cesse de ressentir » pour mieux se dresser contre le règne des lois de la logique et du réalisme descriptif plat, ici le but était atteint, et le sera jusqu’à la fin, jusqu’à l’extinction.
Jules César, à la manière d’un conte, mais dans une formule inhabituelle et dans un humour provoquant, d’entrée de jeu, choque. Nés d’une mère paresseuse et d’un père haï pour sa bêtise et « ses moustaches jaunies », des jumeaux sont « cramponnés aux mamelles gorgées de miel de leur nourrice Jules César ». Ils grandissent aux pieds d’une famille folle, et dans l’indifférence parentale, découvrent un jour que la grosse Jules ne peut être Dieu. Ils s’en remettent alors à l’attirante et jeune vierge Lucie, la « fille du bûcheron qui tuait des hommes quand il en avait le temps ». De délires sacrificiels et sexuels violents en mystérieuses détresses solitaires, et sous d’interminables pluies diluviennes couleur de fin du monde prédites et pressenties par la nourrice, le voyage est brutal, drôle, chaotique. Joyce Mansour questionne Dieu et la vie (nous pourrions dire autant la mort) de manière pour le moins audacieuse.
D’une prose aussi très poétique, les Îles flottantes ont cependant une tout autre sonorité. Publiée quelque quinze années plus tard, cette deuxième nouvelle comporte de nombreuses références étrangement explicites à des auteurs comme Bourgeade, Hölderlin, Bachelard ou Jung, et ne s’en trouve pas moins radicalement surréaliste. Élément biographique, la narratrice est au bord du lac Léman, dans un hôpital, auprès de son père très malade. Elle nous fait lire avec elle Pierre Jean Jouve, dont l’histoire chevauchera sa réalité : « « Le Monde désert » est un curieux livre où la réminiscence déborde largement l’affectivité actuelle, et, le bruit des mâchoires de l’auteur faisant irruption dans le texte au plus mauvais moment, je perds constamment le fil du récit. (…) J’ai une très forte impression de vivre par procuration, respirant par les pores du livre, ayant délégué mes pouvoirs à « un autre je » situé, lui aussi, dans les neiges, dans le non-vécu et l’inactuel. » Débute alors un jeu décontenançant entre le rêve, les réflexions intimes, et parfois philosophiques, la réalité biographique, et le délire poétique. La mort est toute proche et la maladie fait craindre : « Comment trouverai-je mon père aujourd’hui ? Plus petit, plus oiseau… encore reconnaissable ? » autant qu’elle excite. L’atmosphère étouffante du lieu fera naître une hallucinante lubricité dans la tête de la protagoniste en attente, assise sur une chaise, habilement suspendue entre la fin du réel et le début du rêve, entre deux eaux troubles.
Ainsi par son abondante poésie crûment appliquée et drôle, Joyce Mansour, à la manière éclatée de ses contemporains mais nous entraînant ailleurs, peut-être bien au-delà, sut avec force bousculer les règles.

Histoires nocives
Joyce Mansour
Gallimard, « L’imaginaire »
122 pages, 5

* À lire aussi la biographie de Marie-Laure Missir, abondamment illustrée, Joyce Mansour, une étrange demoiselle, publiée par Jean-Michel Place (280 pages, 39 )

Mansour la venimeuse Par Hélène Pelletier
Le Matricule des Anges n°66 , septembre 2005.
LMDA PDF n°66
4.00 €