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Histoire littéraire Soupault truffes

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Didier Garcia

Pour la première fois réunis en volume, une centaine de textes critiques comme autant de fenêtres ouvertes sur la production artistique des Années folles.

Littérature et le reste, 1919-1931

Avant d’entrer dans ce délicieux florilège qui embrasse les années 1919-1931, il faut s’imaginer la vie de Philippe Soupault (1897-1990) durant cette période. En treize années, il publie neuf romans (l’un d’eux lui vaut de figurer sur la sélection du prix Goncourt), sept recueils de poèmes, treize récits ou nouvelles, quatorze essais (consacrés à des artistes aussi différents que Lautréamont, William Blake, Paolo Ucello ou Charlot), quatre préfaces (dont celle des Poésies d’Isidore Ducasse), une traduction (l’Anna Livia Plurabelle de Joyce, réalisée aux côtés de l’écrivain irlandais)… S’il faut s’associer aux charivaris du mouvement Dada, Soupault est là ; s’il s’agit de jeter les bases du surréalisme, réaliser des expériences d’écriture automatique, il est encore là, signant avec André Breton ce qui est considéré comme l’acte de naissance du mouvement : les Champs magnétiques ; s’il faut défendre Marinetti, inculpé d’attentat à la sûreté de l’État italien, exprimer son soutien à Reverdy lors de l’attribution contestée du prix du Nouveau Monde, s’élever contre Anatole France à l’occasion de ses funérailles nationales (anticipant le fameux « Cadavre » du groupe surréaliste), prendre la direction d’une revue, collaborer à vingt autres, s’intéresser à ce qui se passe dans les rues de Paris (y compris celles où il ne se passe rien, comme la rue Berton), voyager, se marier, avoir des enfants, il est toujours là. En un mot : il est là pour tout, partout, sur tous les fronts. Infatigable. Plus tard, il avouera lui-même avoir écrit « trop, beaucoup trop, jour et nuit ».
C’est cette vie, guidée par la curiosité et le désir de ne rien laisser s’échapper, que ce volume au fil des pages rend accessible : articles, notules, chroniques, notes de lecture, rédigés durant une période qui court de Dada à l’unanimisme de Jules Romains, textes publiés en revues mais jamais réunis en volume. Le lecteur y trouvera quelques textes de circonstance, dictés par les événements littéraires du moment (commémoration de la mort d’Apollinaire, disparition de Proust). Mais l’essentiel de son activité réside dans la critique : rendre compte de ce qui se fait de majeur dans l’intense production artistique des Années folles. Pour ce qui est des écrivains, Soupault évoque « ceux qui ont refusé de trahir », mais surtout ceux qu’il aime, et les plus longs de ses textes font figure de tombeaux. C’est pour Apollinaire qu’il réalise les exercices d’admiration les plus enflammés, lui rendant plusieurs fois hommage : il l’a fréquenté dès 1917 « dans son pigeonnier », a parcouru avec lui les belles rues de Paris, et a pu mesurer à quel point sa compagnie pouvait s’avérer contagieuse. Mais cela n’empêche pas Soupault d’encenser Rimbaud, Breton (ce qui n’empêchera pas ce dernier d’exclure Soupault du groupe surréaliste), Eluard, Aragon, Roussel, Joyce, et bien sûr Lautréamont : le 28 juin 1917, jour dont il fait celui de sa naissance, dans une librairie de Paris, il déniche un exemplaire des Chants de Maldoror (« Isidore Ducasse. Ces quelques syllabes suffisent à me réconcilier pendant une heure avec moi-même »). On ne saurait lui reprocher de ne pas avoir le goût sûr.
Difficile de rendre compte d’un tel volume, qui vaut d’abord pour son disparate. On pourrait même reprendre mot pour mot les propos de Soupault dans sa lecture de La Liberté ou l’amour de Robert Desnos : « On ne peut résumer un tel livre, on peut à peine en donner une idée. C’est devant de tels ouvrages qu’on comprend mieux l’étrange faiblesse de ce qu’on nomme plus ou moins volontiers critique ». On s’y promène ; mieux encore : on y flâne, comme pour y faire du lèche-vitrines, passant du théâtre de Jules Romains à un championnat du monde de danses, puis à l’œuvre picturale d’un peintre allemand peu connu : Max Beckmann. À l’occasion, on s’y amuse. Le plus souvent, on s’y étonne. De la façon dont Soupault aborde son sujet notamment, en multipliant les détours. De la vivacité de son esprit, d’un style alerte qui révèle une plume. Et de sa courtoisie, car même s’il lui arrive de donner des coups de gueule, c’est sans trop élever la voix. Ce qui ne le rend pas moins efficace : « J’avais pris la résolution de ne plus prononcer le nom de M. Jean Cocteau. Cela me paraissait inutile. On ne parle pas de ce qu’on méprise. Mais ce monsieur vient de publier un livre qu’il a l’audace d’intituler Poésie. Il ne doit pas savoir ce que cela veut dire lui qui a écrit ce vers (entre autres) : Ô Guitare, bidet qui chante ».
N’ayons pas peur des mots : ce florilège est un régal, jusqu’en son appareil critique les soixante pages de repères chronologiques, réalisées par Lydie Lachenal, l’éditeur des derniers textes de Soupault, sont un essai à elles seules. On regrettera seulement que le choix de la période ne soit pas mieux explicité, ainsi que l’absence d’indications bibliographiques. Si l’on s’y régale, Soupault y est bien sûr pour beaucoup. Mais il a sous la main une des périodes les plus riches du XXe siècle : dans le Paris de l’époque, on croise Nijinski, Buñuel, Picasso, Joseph Delteil, Ramón Gomez de la Serna (découvert par l’infatigable voyageur que fut Valery Larbaud), sans oublier tous ceux qui, à des titres divers, firent alors l’actualité. Le mérite de Soupault est d’en avoir fait la chronique, et d’y avoir ajouté son talent.

Littérature et le reste
1919-1931
Philippe Soupault
Gallimard, « Les Cahiers de la NRF »
408 pages, 45

Soupault truffes Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
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