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Domaine français Ensablement existentiel

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Richard Blin

En trois récits nous confrontant à ce qui peut nous voler nos vies, le dramaturge canadien Larry Tremblay impose son regard et son univers en noir et blanc.

Révéler l’envers du décor, la part maudite de la société, la face cachée de vies désamarrées, voilà ce qu’en trois récits, semble s’être proposé Larry Tremblay, dans Piercing. Lui qui enseigne le jeu à l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec, donne corps et voix à ce qui, se taisant dans certaines têtes, n’en relève pas moins d’une vraie passion pour la destruction. C’est ainsi que le premier récit, placé sous le signe des vaches qu’on a brûlées par dizaines de milliers « ce massacre impensable » même s’il est difficile de « parler de génocide quand on veut sauver les hommes en détruisant systématiquement les vaches » pose la question des idéologies extrémistes, à travers un vertigineux face à face entre un professeur et un de ses étudiants. Vingt-sept ans que le premier fait la guerre à la « bêtise immense de notre époque », à l’omniprésence de l’opinion, à la facilité, au « vécu que les médias nous vendent en guise de pensée ». Vingt-sept ans passés à vouloir « planter dans le monde un sanctuaire qui protège contre l’air sale du temps ». Et puis soudain, ce « génocide » de vaches, et l’arrivée d’un étudiant dont le sourire angélique « n’est peut-être pas un sourire » mais l’annonce « que quelque chose va arriver ». Et ce sera sous la forme de la réponse à la question que posait un devoir : « Si vous étiez un livre, lequel seriez-vous ? » Réponse aussi tranchante que terrible, aussi révélatrice que destructrice, toute d’absolue pureté. Mais « la pureté n’a jamais appris à dire oui ou non, (…), elle ne fait qu’assassiner ce qu’elle croit ne pas être elle ». Alors, si on peut en venir à considérer un homme comme « une vache malade, contaminée, impure, dangereuse », il n’y a plus de questions pour celui qui se croit pur, fait du même métal que sa réponse en forme de hache, fait « de milliers de mots de métal qui se tiennent entre eux comme une foule hargneuse que rien ne peut disperser, mots qui tranchent tout en deux : les purs, les impurs, ceux qui ont droit à la vie, comme ceux qui doivent disparaître »
Avec « Piercing », le récit-titre, c’est l’expérience de la marginalité qu’explore Larry Tremblay. Une adolescente en quête de la « vraie vie », « d’une autre façon de respirer, de crier, d’exulter », croit réaliser son rêve en fuguant et en rejoignant Montréal. Recueillie par des marginaux « Elle les trouvait beaux. Elle aimait leurs dents blanches, leurs fesses dures. Elle trouvait sexy l’anneau que Tony portait à l’oreille gauche », elle découvre presque avec extase, les soumissions peureuses et un type nouveau de servitude volontaire, la dévotion parfaitement veule, à un « dieu », Kevin, devenu infirme à la suite d’un terrible accident, (« Si le crâne mou de bébé Kevin n’avait pas éclaté, il avait été tout de même écrasé. Bébé Kevin avait grandi avec le cerveau aplati »). Vivant dans une église transformée en appartement, et trônant sous la photo encadrée d’une « vache dans un champ », il règne sur ses fidèles… C’est ce quotidien désespérant, dépourvu d’imaginaire, et s’enroulant autour d’une fondamentale dissonance de fond, que cerne, dans sa crudité, Larry Tremblay. Une vie hantée par la négativité, où plus rien ne sollicite le désir, pas même les mirages de l’amour. Une existence se réduisant à une immense réaction de rejet.
Désenchantement et désolation qu’on retrouve en toile de fond du dernier récit, interrogeant le désir entre une jeune femme qui déteste la vie et un homme beaucoup plus âgé et peu attirant. Des silencieux, des laissés-pour-compte de la grande misère sexuelle. Trois récits illustrant des vérités qui font peur, et leur donnant un relief autrement plus efficace que chez les sociologues. Trois récits portés par une écriture s’appuyant sur le processus intérieur, le fil mental à partir duquel tout s’enclenche. Loin des sucreries du bonheur universel, Piercing est un livre que son auteur aurait pu placer sous les auspices de cette affirmation de Kafka : « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous ».

Piercing
Larry Tremblay
Gallimard
165 pages, 11

Ensablement existentiel Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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