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Poches Les pièges de Fox

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Françoise Monfort

La romancière américaine jongle avec la stérilité des sentiments pour conter sans fracas des récits de vies désenchantées.

Pauvre Georges !

Le Dieu des cauchemars

Le Dieu des cauchemars

Il n’y a pas grand-chose à faire dans la vie à partir du moment où vous ne pouvez plus vous raccrocher à la surface des choses ». Tout en remous sous leurs apparences lisses, les personnages de Paula Fox parlent en son nom. Une fois le concept établi, elle sonne l’hallali et au risque de créer un rejet chez le lecteur le prépare peu à peu à la curée des dernières pages. On se surprend parfois à frôler l’exaspération voire le découragement, Fox, à l’inverse de certains auteurs, renonçant à saupoudrer son cynisme de cette pincée d’indulgence qui rend l’humain supportable.
Phénomène flagrant chez Pauvre Georges !, professeur trentenaire qui, en substitut d’une vocation défunte, se prend d’un intérêt subit pour un jeune garçon entré chez lui par effraction. Il veut faire d’Ernest, ce sauvageon, son nouveau « projet » selon les mots de son épouse désemparée puis écœurée, sa nouvelle raison de vivre jusqu’à ce que sa propre médiocrité le mette en danger de mort.
À quoi bon, direz-vous, créer des êtres imaginaires s’ils suscitent notre antipathie ? Gérald (poète, il est vrai) répond à la question par une autre dans Le Dieu des cauchemars : « Quelle valeur peut avoir la sympathie, si nous ne connaissons pas la part d’ombre ? » Ce postulat n’a rien d’une discussion de salon si on sait que ce personnage absout ainsi les sévices infligés par les primitifs Cajuns auxquels son inspiration est redevable. Tels des dieux offensés, muses d’un autre type, ces « créatures du bayou » se sont vengés en lui insufflant de l’air à travers un tuyau mal placé.
Cette barbarie frappe, intrigue, déstabilise Helen Bynum lorsqu’elle arrive à La Nouvelle-Orléans en 1941. Jeune fille un peu niaise fraîchement débarquée de son Nord pour visiter sa tante, elle est envoûtée par la ville qui distille « une odeur de pêche mure et de fleurs inconnues, avec une petite note saumâtre, humide », par cet « océan d’amour » où fraient tous les rebuts de l’Amérique. Décidée à y vivre, elle vend des sous-vêtements, des gaines, cette « armure rose de l’abysse » et noue les plus beaux liens de son existence : celui de la passion avec Len qui attend sa mobilisation, l’amitié avec la rebelle Nina. On la voit évoluer, se découvrir à l’aune de nouvelles rencontres, bref bazarder le cocon de mensonges dans lequel l’a élevée une mère hystérique. Mais cette initiation ne se fait pas sans heurts ni désillusions dans un pays en guerre, ségrégationniste, homophobe, cruel aux récalcitrants de tout poil comme le prouvent les déboires de Gérald puis l’assassinat d’un proche. Quelque vingt-cinq ans plus tard, mariée à Len, installée, Helen retrouve une Nina amère sur fond de guerre du Vietnam cette fois. « L’Amérique tue » déclare cette dernière alors que son mari est infirme suite à un tabassage dans une marche pour la paix, que son fils s’est enfui pour échapper à la conscription. Rien n’a donc changé ? Si. Helen Bynum va l’apprendre à ses dépens.
Bâtis à l’identique Pauvre Georges ! et Le Dieu des cauchemars débutent en roman d’apprentissage, côtoient la satire sociale pour aboutir à la farce grinçante. Dans les deux cas, les héros sont perdants, orphelins pour toujours de leur innocence, proches en cela des personnages solitaires et résignés de Tchekhov. Paula Fox possède une même lucidité, jongle aussi avec la stérilité des sentiments, attitude pour le moins suicidaire en littérature. C’est sans doute pour cette raison que, née en 1923, elle a été oubliée puis exhumée à la fin des années 80 par la génération suivante, notamment par Jonathan Franzen (Les Corrections). Comme certains peintres, l’auteur qui ne manque pas de courage a préféré travailler l’ombre, une gageure dans un pays où fleurissent les manuels de bonheur. La formule avancée par son Pauvre Georges ! publié en 1967 tenait pourtant la route : « Un sentiment non mitigé d’autosatisfaction, était-ce ce que l’on pouvait atteindre de plus proche du bonheur ? »

Paula Fox
Pauvre Georges !
Traduit de l’anglais (États-Unis) par
Rémy Lambrecht
Le dieu des
cauchemars

Traduit de l’anglais (États-Unis) par
Marie-Hélène Dumas
Éd. Joëlle Losfeld, » Arcanes "
248 pages, 9,90 chacun

Les pièges de Fox Par Françoise Monfort
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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