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Domaine français Au-delà de soi

novembre 2006 | Le Matricule des Anges n°78 | par Lucie Clair

Changer de vie, changer de lieu, parfois il ne s’agit pas seulement d’un choix ou d’un désir, mais le résultat de l’arbitraire en exercice l’exil en est son corollaire. Le statut d’exilé aujourd’hui fait la Une des journaux, vite remplacée par d’autres sujets plus croustillants, plus policés, porteurs de moins d’enjeux vitaux car l’exilé et celui qui le côtoie restent toujours des « barbares » au sens premier du terme « étrangers, incultes » l’un à l’autre. À toute époque, pour l’exilé, démuni de son identité sur les terres qui le porte, vivre se décline autour d’une double perte, celle du milieu d’origine, conjoints, amis, famille, odeurs, lumières, morphologie du paysage, altitude, hygrométrie, température, saisons… tout ce qui fait lien, avec le corps et ses sensations, avec le cœur et ses émotions et perte de la langue, de la voix, des mots, de ce qui donne sens à ce nouvel espace. L’exil est une amputation, une porte de sortie ou un escalier de secours déboulant dans une ruelle sombre. Nombreux sont les poètes, écrivains, aujourd’hui comme hier, qui ont payé leur goût du vrai par cette sanction impériale, dictatoriale, selon les temps et qui, au fil des siècles ont témoigné de cette double perte : Nâzim Hikmet, Pavese, Thomas Mann, Bertold Brecht, Mandelstam hier Genc Tirana (Albanie), Hassan Chérif Kala (Tchad), Saghi et Sasan Ghahraman (Iran) et Amatoritsero Ede (Nigéria), pour ne citer que quelques-uns de ceux parrainés l’année dernière par le Pen Club du Canada…
L’exil, par l’ignorance dans laquelle il plonge l’écrivain, le poète, tente de lui ôter sa seule arme, celle du langage, du lien avec les autres, du verbe vivant qui se propage. Ceux qui le purent évoquèrent cette vie privée de semblables, et l’isolement, la coupure à vif qui ne cicatrise pas, cette inculture soudaine. Ovide, l’auteur des Métamorphoses, de l’Art d’aimer, le poète de cours, fidèle amant, selon les rumeurs, de Julia, fille de l’Empereur, finit sa vie en exil, sur les rives du Pont-Euxin, l’actuelle mer Noire. Dans un dénuement qui l’emporta au-delà de ses rives intérieures, dans l’effondrement du sens. « La langue de l’absence est pauvre. Il me faut en inventer une. Avec les mots de Rome, comment restituer la campagne privée d’arbres, les champs stériles, les haies sans abeilles, le goût des coquillages sans herbes, des oies qui ne sont pas farcies de figues, je pourrais poursuivre à l’infini. »
Les lettres-poèmes d’Ovide Nason sous son nom d’exil ont ponctué ces années de vie solitaire, de combat contre l’effilochement de l’être, de soif de justice elles seront cachées par leurs destinataires, peu nous sont finalement parvenues. Elles sont ici ramenées à la mémoire dans un récit vivant et original, offrant un doux et soyeux mélange de voix, un murmure tendre et ferme, empreint d’une grande maîtrise narrative et soulevant le mystère qui leur a donné vie. Car l’exil d’Ovide ressort d’un motif énigmatique la dictature d’Auguste n’est pas seule en cause, même si Rome fut féconde en bannissement et censure. Il y aurait eu une faute, une erreur, que le récit nous livre à méditer : Ovide est exilé « pour avoir eu des yeux », il a vu ce qui devait rester caché incarnant par là même la fonction première du poète, celui qui voit au-delà de soi, et révèle. Mais faute politique, qui ne laisse aucune place à l’espoir d’un pardon, d’un retour, sinon en grâce, du moins en pays familier et comme « Toute demande est terrorisante. Pour qui la reçoit. Pour qui la formule. Ses mots vous brûlent, ne laissant dans la bouche que le désir de les renier instantanément. Nul ne s’accommode d’être transformé en suppliant, encore moins en bourreau d’autrui », les amis s’éclipsent, cessent de répondre dans la langue manquante, creusent l’oubli.
Marie Goudot est enseignante en lettres et a publié, entre autres, plusieurs récits sur les figures mythologiques à destination des jeunes adolescents à l’École des loisirs. Tristia est un livre délicat, à l’aulne des lisières subtiles des voix de l’être, toujours vivantes.
Lucie Clair

Tristia de Marie Goudot
Le Part commune, 80 pages, 10

Au-delà de soi Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°78 , novembre 2006.
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