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Arts et lettres Bacon, touchant prophète

janvier 2007 | Le Matricule des Anges n°79 | par Marta Krol

Pertinente, impertinente et profonde, une monographie de David Sylvester, ami du peintre irlandais (1909-1992), à l’image d’une œuvre convulsive.

Francis Bacon à nouveau

Le duo Sylvester-Bacon était déjà largement identifié en France depuis la parution en 1996 d’un livre d’entretiens, dans lesquels la complexité de l’œuvre trouvait l’homme à sa hauteur, capable de dominer discrètement l’étendue de la problématique sans schématisation ni mystification. Cette fois encore, le lecteur sera heureux de la proximité que la clarté et l’acuité des analyses, l’abondance de reproductions aidant, parviennent à instaurer avec l’artiste. Loin de tout catastrophisme comme de provocation, Bacon fut un inlassable chercheur d’une vérité : « j’espère arriver à faire des figures qui n’évoquent qu’elles-mêmes avec leurs chapeaux melon et leurs parapluies, et les rendre aussi poignantes qu’une crucifixion ». Face à cette exigence, la distance critique de Sylvester nous apprend à distinguer les chefs-d’œuvre de toiles moins abouties, les périodes majeures de temps de tâtonnements. La traduction de J. Frémon (plus sobre que Leiris pour les entretiens) préserve un style précis, capable de saisie synthétique, lorsqu’il procède à une analyse par grandes périodes ou par types de peintures pratiquées, et de plongées techniques dans le détail, quand il déploie une argumentation relative à une œuvre ou un motif. Aux jugements interprétatifs abondants, on préfère ses commentaires sur la « fabrique », venant articuler nos confuses sensations : « une vigueur nouvelle, une synthèse commence à se produire entre la solidité (d’un nu) et l’à-plat ». L’auteur sait prendre de la hauteur dans une intuition perspicace : « Transfigurer sa propre vie en images qui ont le poids et l’apparence d’un mythe », ou dans une hypothèse clairvoyante : « J’avance l’idée que les peintures ont commencé par des mots, non par des images », tout comme s’engager dans une anecdote reposante. Un travail remarquable a été fait de reproduire et d’analyser, grâce à des photos exhumées, des œuvres détruites (parfois à regret) par Bacon, ce qui instaure une continuité éclairante entre certains tableaux, par exemple quant au traitement du rideau formalisé en bandes en arrière-fond.
À ce propos, le livre met en évidence l’intérêt du peintre pour divers procédés d’opacification de la représentation, qu’il les nomme cloisonnement, distance, intervalle etc., tantôt intrinsèques (rideaux, séries de rayons, corps en transparence, cadrages chevauchants, contours flous), tantôt extrinsèques (le verre à poser sur chaque tableau pour les reflets qu’il renvoie). D’où l’admiration pour Seurat et ses « coups de pinceau figurant deux choses en même temps : une feuille ou des branches retombant sur un visage, le coup de pinceau fait à la fois feuille et visage. »
On côtoie donc un Bacon fascinant, toujours en quête de « l’image », d’une « brutalité de fait », d’un « équivalent visuel d’aspects psychiques de notre sens de réalité », au détriment de la « peinture » : illusionniste, expressive, significative. Ne rien exprimer : saisir quelque chose au ras de la vie même une bouche grande ouverte, un quartier de viande, une copulation, et « agir sur le système nerveux ». Pour cela, nul besoin de changer de sujet, ni même de disposition, mais savoir laisser advenir le hasard, permettre que prenne forme ce qui affleure dans la peinture. Pour qu’un tableau soit la « trace d’une présence humaine », un « sourire du chat » à Alice, quelque chose « de bougeant et ondulant comme un ver ». Sans raconter une histoire, faire « que ce soit un tableau sans être un tableau ».
Deux fils sont attentivement suivis dans le livre, celui des affinités picturales de Bacon, de Michel-Ange à Giacometti, et celui de ses techniques et manières de travailler : difficulté avec le modèle, rôle de photographies, de radiographies, de la mémoire, ou d’une littérature : Eliot, Yeats, Eschyle… Des mises en perspective stimulantes de l’auteur débordent du domaine pictural : « traquer l’apparence est devenu une activité solitaire, à contre-courant ». Puisqu’il faut trouver à redire : il y a des redites, et point de renvois aux images. Charmantes imperfections de matière vive.

Francis Bacon
à nouveau

David Sylvester
Traduit de l’anglais par Jean Frémon
André Dimanche éditeur
269 pages, 48

Bacon, touchant prophète Par Marta Krol
Le Matricule des Anges n°79 , janvier 2007.