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Zoom La musique du mystère

janvier 2007 | Le Matricule des Anges n°79 | par Thierry Guichard

Deux romans viennent consolider l’univers particulier du Japonais Haruki Murakami. Dans une écriture simple, le romancier entrouvre les portes du fabuleux.

La Ballade de l’impossible

Le Passage de la nuit

La réédition de son best-seller La Ballade de l’impossible (1987) qui coïncide avec la sortie de son nouveau roman Le Passage de la nuit donne à la lecture de Murakami une perspective historique. Une petite musique se fait entendre, quelque chose de léger et d’entêtant à la fois, une claire obscurité que l’écriture, émaciée comme celle de Raymond Carver son modèle, approche au plus près. En même temps, un contraste apparaît entre les deux romans dans les outils narratifs utilisés par le maître japonais. Au naturalisme pacifié de La Ballade de l’impossible répondent aujourd’hui les artifices d’un merveilleux volontairement cinématographique du Passage de la nuit.
Ce nouveau roman se déroule en une nuit, en ville, depuis l’heure où ceux qui ont raté leur dernier train se retrouvent contraints d’attendre l’aube dans les bars, restaurants ou love hôtels jusqu’à la levée du jour. Mari, une jeune étudiante est là, résolue à ne pas rentrer chez elle, armée d’un livre dont elle cache le titre. Elle rencontre Takahashi, étudiant lui aussi, joueur de trombone et ami de sa sœur aînée Ari. Parce qu’elle parle chinois, Mari sera réquisitionnée au mitan de la nuit pour traduire les propos d’une jeune prostituée chinoise qu’un client a violentée dans un love hôtel. Rencontre primordiale pour la jeune étudiante qu’on suit dans une errance nocturne qui ressemble à un parcours initiatique. Parallèlement, nous voyons sa sœur, la belle Ari, dormir dans sa chambre devant une télévision débranchée où apparaît cependant l’image d’un homme sans visage. Ici, Murakami force le trait du fabuleux en donnant à son narrateur un pluriel qui embarque son lecteur. Qui parle ? Nous. Qui est nous ? Un « point de vue », une sorte de caméra qui entre sans effraction dans les appartements ou les bureaux comme elle le fait par exemple dans celui d’un étrange informaticien : « Shirakawa est sorti, et pourtant notre regard (…) continue de filmer le miroir sombre en caméra fixe. Dedans, apparaît encore la silhouette de Shirakawa. Il nous regarde ; ou plutôt, devrait-on dire, son image nous regarde. » La nuit, les miroirs et les écrans de télévision ont donc ce pouvoir de montrer l’invisible…
Peu à peu, le lecteur apprend ce qui se passe dans la vie de Mari, ce qu’elle ressent et essaie de cacher, ce qui la relie à sa sœur. On n’en dira rien ici pour ne pas gâcher le plaisir d’avancer dans le noir, tenu en haleine par un mystère auquel le final n’enlèvera rien. Disons cependant que le roman offre plusieurs interprétations, comme le fait le conte qu’évoque, au début, Takahashi : l’histoire de trois frères auxquels Dieu propose de pousser trois rochers vers le sommet de la montagne à Hawaï en leur disant qu’ils pourront s’arrêter où ils voudront mais qu’ils devront vivre où ils s’arrêteront. Les rochers sont lourds. Le plus jeune des frères reste au bord de la mer, l’autre s’arrête un peu plus loin dans un endroit où les fruits sont nombreux. L’aîné ira jusqu’au sommet de la montagne où il pourra du regard embrasser le monde mais où rien ne pousse. Les deux morales qu’en tire le jeune étudiant éclairent rétrospectivement le roman : « la première il lève un doigt : chaque homme est différent de tous les autres, même de ses frères. La seconde il lève un autre doigt : si l’on veut vraiment connaître quelque chose, on doit en payer le prix. »
La Ballade de l’impossible met aussi des étudiants en scène. L’histoire se déroule à la fin des années 60. Au lycée, Watanabe, le narrateur, est l’ami d’un élève doué pour la vie : Kizuki qui est fiancé à la belle Naoko. Kizuki et Naoko aiment passer leur soirée avec lui, et tous les trois forment un trio assez intime. Jusqu’au suicide à 17 ans de Kizuki. Un an plus tard, devenu étudiant, Watanabe retrouve Naoko. Les deux deviendront amants, mais Naoko semble comme enfermée en elle. La jeune fille ira se faire soigner dans un établissement en montagne où les patients sont laissés dans une quasi-liberté de mouvement. Watanabe ira la voir, lui écrira en même temps qu’il approfondira la découverte de la sexualité avec d’autres étudiantes. Le roman raconte ça avec une simplicité qui le rend aérien : Watanabe et Naoko semblent prisonniers chacun d’une bulle qui les fragilise, les rend inaptes à la vie en société. Le roman tisse un fil de soie entre les deux amoureux : un fil propre à se faire un cocon ou à se pendre. Les suicides viennent effacer quelques personnages, comme s’ils étaient l’expression d’une malédiction, d’une maladie, d’un non-dit. Le roman est sans artifice, mais le lecteur pourtant sent qu’un mystère reste tu, qu’une clé est cachée dans les confessions des personnages mais que nul ne peut la voir.
Dans les deux romans, la musique est omniprésente. Le titre original de La Ballade impossible, est d’ailleurs celui d’une chanson des Beatles : Norwegian Wood. Les romans de Murakami sont comme les chansons : ils portent en eux leur époque et une intemporalité. Ils possèdent surtout cette musique qui leur donne une force émotionnelle indéchiffrable.

Haruki Murakami
La Ballade
de l’impossible

Traduit du japonais
par Rose-Marie
Makino-Fayolle
Le Passage
de la nuit

Traduit du japonais
par Hélène Morita
Avec la collaboration de Théodore Morita
Belfond
389 et 229 pages, 20,50 et 19,50

La musique du mystère Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°79 , janvier 2007.