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Domaine étranger Déclin polyphonique

février 2007 | Le Matricule des Anges n°80 | par Benoît Legemble

Mue par l’ambition d’échapper à la guerre, une famille juive de Trieste se délite au gré des voyages et des excentricités. Une odyssée sur fond de tragédie.

Retours à Trieste

Le titre original d’une œuvre dit souvent beaucoup plus sur elle que toutes les gloses réunies. Du moins, c’est ce qu’on est à même de penser à la lecture de Voci d’un tempo. Car ces voix d’un temps sont avant tout celles de l’aurore ; d’un temps révolu que l’écrivain souhaite faire revivre dans l’intervalle d’une chronique où chacun aurait son mot à dire. C’est qu’il n’y a pas le narrateur d’un côté et les personnages de l’autre chez Silvia Bonucci. Tous sont au même niveau, ont le même espace pour raconter l’histoire familiale ainsi qu’ils l’ont ressenti. Comme si le sens de l’œuvre était d’assurer qu’il n’y a pas de vérité au singulier, mais uniquement des sentiments au pluriel. Non pas une version, mais des voix, qui s’entremêlent jusqu’à la polyphonie.
Avec pour toile de fond les horreurs de la guerre, l’écrivain nous raconte l’itinéraire catastrophique de la famille Levi. Emmenée par une mère narcissique plus attachée aux soirées mondaines qu’à l’éducation de ses enfants, la famille semble dès le départ vouée au précipice. Gemma est en effet une femme qui fuit les démonstrations d’affection envers sa progéniture, préférant à cela l’apparat des réceptions de la grande bourgeoisie. Son mari est pour sa part complètement dépassé par la situation, déjà trop occupé à essayer de conserver une situation et faire fleurir les affaires. Dans ce contexte, les enfants trinquent ; Marcello le premier. Jeune homme au nihilisme paroxystique, il pousse son égocentrisme et sa haine du monde jusqu’à l’autodestruction, qu’il poursuivra à travers l’exploration des paradis artificiels légitimée par de violentes céphalées. C’est que tout un pan de la haute société consommait excessivement de l’opium ou de la morphine pendant la guerre. Pourtant, « Marcello aurait peut-être réussi à survivre à cette torture si la douleur physique ne s’était accompagnée de cet amour morbide, obsessionnel et insoutenable pour sa mère ».
Le récit se cristallise alors sur cette obsession du conflit œdipien. Gemma emmènera même son enfant voir un psychanalyste viennois dont la réputation ne semble plus à faire à travers l’Europe. On comprend vite qu’il s’agit de Sigmund Freud. L’entretien, raconté tour à tour par la mère et l’enfant devient un moment de pur bonheur. Avec finesse, Bonucci joint à la chronique une peinture de mœurs de qualité, en même temps qu’une analyse fouillée de la psyché de ses personnages. Chaque membre de la famille éclaire les relations d’un jour nouveau, ce qui accroît l’empathie du lecteur qui se surprendra inéluctablement à se projeter sur tel ou tel membre, selon la typologie de son propre foyer. Là est l’une des grandes réussites du roman de Bonucci : faire en sorte qu’on se projette sur des individus qui demeurent intemporels. Hors du temps parce qu’ils sont eux, mais que ça pourrait être nous.
Pourtant, la poésie conférée par l’entremêlement de leurs voix constitue aussi le point faible du récit : la succession incessante de témoignages finit par lasser à mesure que le roman avance, d’autant plus qu’il s’agit à chaque fois de la même trame narrative. Au final, on a parfois l’impression qu’à l’image de ces nombreux retours à Trieste, le récit tourne peut-être en rond. Si l’écriture, elle, reste irréprochable, on se demande en fait si le problème ne réside pas en la forme même de la polyphonie, essentiellement cyclique. Il restera malgré tout le plaisir d’un roman divertissant. Voici donc une histoire de voix qui veulent se faire entendre, mais aussi de secrets qu’il faut savoir garder sous peine de faire péricliter une dynastie familiale dont on sent pourtant qu’elle vit ses dernières heures. Chanter la chute ? Oui, mais en canon !

Retours à Trieste
Silvia Bonucci
Traduit de l’italien
par François Maspero
Seuil
269 pages, 21

Déclin polyphonique Par Benoît Legemble
Le Matricule des Anges n°80 , février 2007.
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