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Domaine étranger Folie des foules

février 2007 | Le Matricule des Anges n°80 | par Jean Laurenti

Dans cet ensemble de récits brefs dont la gravité est teintée d’humour, Wojciech Kuczok cherche à saisir le moment où la folie vient bousculer ou bouleverser la routine des vies quotidiennes.

Il est bon qu’on nous rappelle de temps en temps que la vie est une farce. Tragique, certes, mais tout ça n’est pas si grave et après tout on sait bien comment l’histoire finira. Wojciech Kuczok nous propose une série de variations sur les abîmes au bord desquels nous marchons, nous tous que des vents contraires menacent sans cesse de faire basculer.
Ce recueil de nouvelles est le deuxième livre publié en français de cet écrivain polonais né en 1972 (le premier, Antibiographie, a paru l’année dernière, également à L’Olivier). Que l’auteur situe ces histoires dans sa Mitteleuropa natale ne dépaysera pas le lecteur français : les couples harassés de Cracovie ressemblent à s’y méprendre à ceux qu’il côtoie ou dont il est partie prenante dans la partie plus atlantique du Vieux Continent où il évolue. Certain mendiant apparu dans un parc de la ville, figure centrale d’un récit en forme de parabole, lui rappellera aussi quel singulier mélange de sentiments suscite en lui le simple fait de devoir affronter la demande pressante d’un plus démuni. Et que faire si celui-ci qui à l’exception d’une paire de lunettes est nu comme au jour de sa naissance au lieu d’en rester à un regard ou une parole implorante s’empare de votre main de cadre oppressé aspirant à un peu de repos et refuse de la lâcher ? Quoi d’autre que lui remettre un à un les biens dont vous disposez et sentir alors le desserrement de l’étreinte et en éprouver dans l’instant un ravissement à la fois libérateur et extatique : « Des larmes d’émotion devant mon propre sort me montèrent aux yeux, et ma peau et ma salive et le délice de ma passivité de victime commencèrent à se fondre en moi et à me fondre dans leur chaleur. »
On sourit souvent en lisant les pages de ce recueil ; peut-être parce qu’on s’y sent un peu en terrain familier : celui de nos hantises, de nos phobies, du constat quotidien de l’incompressible solitude qui s’immisce jusque dans ces moments d’intimité amoureuse dont on croyait qu’ils nous mettraient à l’abri. Wojciech Kuczok est un habile observateur des chimères, des tourments et des obsessions qui peuplent notre quotidien. Il sait que le ciment de la normalité est un matériau instable et que la folie guette le moment où elle pourra s’engouffrer dans une lézarde qu’on aura laissé s’élargir. Ainsi, cette jeune femme qui perd la notion de réalité dès lors qu’elle s’aventure en hors du terrain de sa vie amoureuse : « Tout ce qui n’était pas Lui, mon Homme Bien-Aimé, n’existait pas, n’était qu’une toile de fond dessinée à la va-vite, un arrière-plan sordide (…). Je voyais ces troupeaux anonymes et étais fortement convaincue que si j’adressais la parole à l’un d’entre eux, il aurait un geste d’impuissance et chercherait d’un air inquiet le metteur en scène, en le questionnant du regard. » Ou encore : « J’avais démasqué ce que le monde extérieur était censé être : un décor animé aux possibilités limitées. Limitées par ma mémoire. » Ce texte, qui est peut-être le plus troublant du livre, introduit aussi, dans un registre inattendu, l’expérience universelle du « déjà-vu » : finalement convaincue qu’elle-même et son compagnon sont morts, elle se représente leur histoire comme l’illustration d’un motif sans cesse rejoué. « Il était là. J’étais là. Il ne restait plus de nous que ce qu’il y avait entre nous. Nous étions deux fantômes au service d’un sentiment éternellement vivant. »
En d’autres lieux de ce livre on croisera d’autres figures confrontées aux oscillations de la raison, sur des registres pouvant aller de la lubie récréative à la pulsion meurtrière. Dans une scène qu’on verrait bien adaptée par Woody Allen, un psychothérapeute menacé par une arme essaie de sauver sa peau en convainquant son patient qu’il doit tirer parti du départ définitif de sa femme pour prendre conscience de son aliénation.
Ces récits ne sont pas tous également réussis. Entre autres histoires, celle d’une initiation amoureuse campagnarde sur fond de divorce parental aurait gagné à être davantage travaillée. Wojciech Kuczok fait montre d’un talent prometteur. Gageons que dans les prochains livres, il saura le faire fructifier.

Horizon fantôme de Wojciech Kuczok, traduit du polonais par Laurence Dyèvre, Éditions de L’Olivier, 157 pages, 18

Folie des foules Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°80 , février 2007.
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