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Poésie Corps désossé du songe

mai 2007 | Le Matricule des Anges n°83 | par Richard Blin

Quand, entre les ombres de l’Hadès et les images de rêves qui peinent à revenir, ne reste que le mirage des mots, Gérard Macé excelle.

Filles de la mémoire

Ce qu’il y a de fascinant, chez Gérard Macé, c’est cette façon mystérieusement simple qu’il a d’évoquer le monde des secrets perdus, de ressusciter les figures du passé travaillant notre présent, de donner sens à un vertigineux système d’échos et de reflets. Le poème, chez lui, tient du précipité alchimique né des étranges combinaisons de la lecture, du songe et du souvenir. Quintessence d’une expérience et d’une méditation autant qu’espace de révélation, le poème ressaisit des présences dans leur force originelle tout en les réinscrivant dans le flux des rythmes essentiels, ceux du monde et de la mémoire comme ceux du désir et du destin. Ronde des filles de la mémoire, des muses et des fées, des sœurs et des sirènes, des Parques et des poupées, de toutes celles qui reviennent dans les songes et à qui appartiennent vérité et beauté. Jeu du répétitif et du semblable, de la continuité et de la discontinuité s’enchaînent comme les battements du cœur, et c’est toute une part de la chair du monde qui cherche alors, entre masque et ombre, un corps à hanter, une voix à laquelle s’accorder, un scribe par qui survivre.
C’est ce mouvement tournant qui donne le branle, lie les six parties que réunit Filles de la mémoire. Un monde de correspondances où tout revient sous différentes formes, des Vues de l’esprit aux Anges de l’oubli, en passant par L’invention des souvenirs. Ronde assonancée des signes et des souvenirs s’épanchant dans la vie réelle. Bouts biographiques, souvenirs de lecture, d’instants cristallisés ou de moments fondateurs, éclats de l’enfance perdue, images de rêve n’existant plus que dans le mouvement du rythme et des mots qui fondent le poème et réinventent le présent sur fond de néant. « Si je me vois,// c’est couché dans le mystère des chambres/ avec des ombres autour de la lampe,/ les fausses cartes du rêve qu’on passe en fraude/ et la messagerie des images qui va grand train : // des forêts qui s’ouvrent au cœur des livres,/ des paysages où les sosies gardent l’espace,/ puis des miroirs brisés où s’éternise le mauvais sort/ pour annoncer le malheur d’un monde unique. »
La voix est grave, tendue d’orages sourds et parfaitement consciente de la perte. Que faire sinon maintenir vive la mémoire du cœur et du rêve ? Gérard Macé ne sait que trop combien le vivant est le seul tombeau du mort. Le poème n’a donc pas pour objet de conjurer la débâcle (« A la fin la voie de la poésie est sombre et froide, mais ce n’est pas l’hiver./ Cette débâcle, ce n’est pas de la glace qui se met à craquer, c’est le pont flottant des rêves qui s’effondre sans un bruit. »), mais de la conserver.
Refus du leurre, le poème est le lieu d’un rassemblement de soi où se reconstruit, par le détour, c’est-à-dire en toute conscience de la perte, quelque chose comme l’équivalent de celle ou de celui qu’on a croisé en rêve, et qui, à la lumière du jour, n’est plus qu’un simulacre, à l’image d’ailleurs, du mot par rapport à la chose… Une image dans un miroir, un fantôme, la lumière d’une étoile morte.
C’est à la substance sensible de ces signes nus, au corps désossé du songe, à la réalité qui insensiblement se substitue à nos rêves, que Gérard Macé donne un visage, une âme et une lumière. Car il y a de la beauté et de la rigueur de la flamme dans ce qu’il écrit. « Nous mourrons éclairés par les feux brefs de la mémoire, si le vent qui nous emporte a la force d’attiser les flammes. »
Comme une mise à nu de la trame d’une vie en partie traversée. Une voix dont le pouvoir de révélation permet de souligner le souverain dans le dégradé, et de saisir « l’éternel du transitoire », selon la définition de la modernité par Baudelaire. Une esthétique de l’effacement sur fond d’étoiles filantes et de secrets sillages.

* Du même auteur paraît au Promeneur Je suis l’autre, où des Illuminés à Aurélia, en passant par Les filles du feu, les poésies allemandes et Les Chimères, Gérard Macé interroge le portrait changeant qu’a laissé Nerval dans son œuvre.

Filles
de la mémoire

Gérard Macé
Gallimard
120 pages, 11,50

Corps désossé du songe Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°83 , mai 2007.
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