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Histoire littéraire Naissance d’un critique

novembre 2007 | Le Matricule des Anges n°88 | par Didier Garcia

En trois ans, Maurice Blanchot a réalisé une radiographie littéraire des années de Guerre. Avec un sens consommé de la nuance.

Chroniques littéraires du Journal des débats

En 1941, lorsque Maurice Blanchot (1907-2003) entreprend de collaborer au Journal des débats, replié à Clermont-Ferrand et placé sous la férule financière de Vichy, il n’est encore l’auteur que d’un seul roman : Thomas l’Obscur (Aminadab paraîtra l’année suivante). Quatre ans plus tard, 173 articles de critique littéraire auront jailli de sa plume, une somme que le lecteur découvrira ici amputée des 55 textes que Gallimard avait regroupés dans le volume Faux pas en 1943.
Comme Blanchot le remarque dans ses premières chroniques, l’époque souffrait d’une contrition artistique. En période de guerre, on s’attendrait même à ce qu’aucun livre ne paraisse, et à ce que la notion d’auteur elle-même disparaisse. Aussi enjoint-il à considérer, pour chaque livre publié, le nombre de textes auxquels les événements ont interdit de voir le jour.
Ce n’est pourtant pas une impression d’indigence qui se dégage de ce formidable florilège. Mieux encore : la période 1941-1944 semble avoir été d’une fécondité exceptionnelle. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter l’index de l’ouvrage, où se côtoient les noms de Ponge, Valéry, Joyce, Morand, Montherlant, Giono, Paulhan, Audiberti, et des auteurs aujourd’hui auréolés d’un moins grand prestige comme Gadenne, Guérin, Dietrich, Blanzat, Guilloux… À la liste déjà conséquente des écrivains convoqués dans Le Livre à venir (1959) il convient donc désormais d’ajouter celle, impressionnante, de ses chroniques.
Qu’on ne s’y trompe pas : Blanchot n’aspire pas à couvrir de lauriers le front de ces romanciers, essayistes et philosophes qui, pour la plupart d’entre eux, publiaient chez Gallimard. Rien de plus étranger à Blanchot que l’esprit de chapelle. Dans toutes ces pages, il y a d’ailleurs ce que la critique institutionnelle semble avoir perdu aujourd’hui : le sens de la mesure, de la nuance, ainsi qu’une sobriété de ton. Et s’il lui arrive d’avoir la dent dure, c’est sans se départir de sa rigueur d’analyse. « Que manque-t-il » au Siloé de Gadenne ? « Ce qui peut manquer à une œuvre qui n’existe qu’en intention. »
Ce qui épate dans ce volume, c’est l’aisance de cet esprit critique, qui évoque avec le même naturel Dante ou Montesquieu que Bachelard ou Alain, quand il ne s’agit pas d’inconnus du XIXe siècle, comme ce Xavier Forneret, rappelé à la vie par André Breton. On a l’impression que Blanchot s’intéresse à tout avec le même enthousiasme (de la Correspondance de Goethe avec la jeune Bettina aux relations complexes entre Rousseau et Hume), qu’il se retrouve dans tout ce qu’il lit, qu’il est chez lui partout, comme si, après avoir séjourné sous son regard, chaque texte devenait définitivement transparent. Philosophie, théâtre, contes, nouvelles, essais, et bien sûr roman, tout y passe, tout le retient, mais comme si ces genres n’étaient rien en eux-mêmes, ou comme si chaque livre se résumait, d’abord et surtout, à de l’écrit.
Face à toutes ces chroniques qui, rappelons-le, furent écrites à raison d’une par semaine, on a le même regard incrédule, presque la même suspicion que celle de Blanchot face au Valéry Larbaud du Domaine français : « Comment peut-il être l’ami d’écrivains qui semblent s’abolir les uns les autres ? » Mais on ne sait trop si cette sympathie est le seul fait de Blanchot, ou si l’époque a aussi joué son rôle, pourvoyant en trop grand nombre des écrivains de la trempe d’un Fargue, d’un Michaux ou d’un Vialatte…
Dans Le Livre à venir, Blanchot établit un rapprochement inédit entre celui qui lit et celui qui écrit, l’un et l’autre prenant part au même « secret de l’écriture ». C’est ce que ce volume vient confirmer. Il donne à la critique littéraire un visage pour le moins séduisant.
L’idéal serait de lire ce volume avec parcimonie, par exemple à raison d’une ou deux chroniques par jour. Une lenteur qui permettrait au lecteur de suivre pas à pas la pensée de Blanchot, de se réjouir ici d’une phrase, déguster là telle tournure, et ailleurs de recopier un passage, comme celui-ci, qui résume plutôt bien l’étrange plaisir que l’on a à séjourner dans ces pages : « On se plaît à lire et on ignore pourquoi on s’y plaît. Ne pas trouver les raisons de son plaisir est aussi une raison qui contient toutes les autres ».

Chroniques littéraires du Journal des débats (avril 1941 - août 1944) de Maurice Blanchot, Gallimard, « Les Cahiers de la Nrf », 688 pages, 30

Naissance d’un critique Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°88 , novembre 2007.
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