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Poches Du sang sur le strass

janvier 2008 | Le Matricule des Anges n°89 | par Dominique Aussenac

Chroniqueur inspiré, Jerome Charyn déambule dans les coulisses de Broadway, ressuscitant ses légendes, entre ombres et lumière.

C’était Broadway

On n’est pas d’un pays, mais on est d’une ville », prétend une chanson. Jerome Charyn dont les parents émigrés (père fourreur polonais, mère russe) n’ont jamais réussi à parler anglais, est né en 1937 dans le Bronx. New York électrise la plupart de ses ouvrages (plus d’une cinquantaine) d’une bien singulière pulsation. Charyn qui partage sa vie entre Paris et la grosse pomme, a tenu après le 11 septembre, à rendre hommage à Broadway, en contant l’histoire de la rue large, qui fut aussi le lieu de l’exaltation et l’exploitation de la beauté féminine, d’une audace, d’une corruption, d’un swing, d’une mélancolie, d’un « parler crépitant comme une mitraillette ». Il explique : « J’étais coincé en France avec l’impression que mes tripes avaient été arrachées avec toute l’architecture et les corps tombés à terre. Je n’avais jamais eu d’affection pour les Twins Towers. De loin, c’étaient des monolithes sans grâce et, de près, elles ressemblaient à de longues dents métalliques plantées sur la plaine ventée d’une Alphaville, mais cette Alphaville n’en était pas moins Manhattan, elle était mienne. »
Broadway, vieux sentier indien, baptisé par les Hollandais, traverse Manhattan de part en part jusqu’au Bronx. À la fin du XIXe siècle, des lieux nocturnes de plaisir s’y installent. Durant quelques décennies, jusqu’à la grande crise économique de 1929, ce lieu brasse une formidable activité, une exceptionnelle créativité. Des théâtres voient le jour. Des troupes, des revues sont lancées. Ainsi les Ziegfields Follies présentent les filles les plus grandes, aux jambes les plus longues, aux tailles les plus fines, aux somptueux costumes emplumés réduits au minimum. « Et Brodway était à l’intérieur d’un tourbillon exubérant d’énergie, d’une forêt de signes illuminant la nuit et d’un ordre social qui comprenait des hôtels-appartements et des chambres de pension, des night-clubs et des cabarets… » C’est par une galerie de portraits (chroniqueurs, metteurs en scènes, meneuses de revues, écrivains, gangsters, politiciens) que Charyn en retrace l’historique. Ces portraits extrêmement documentés exaltent les vices et les vertus, l’extravagance, le baroque, l’humanité, les côtés sombres, monstrueux qu’il se plaît à déformer avec une jubilation toute particulière, une ferveur délicate, un brin sadique. Au milieu des plumes et des paillettes, nous croiserons Arnold Rothstein, financier de la pègre, le malfrat Owney Madden, modèle de Gatsby le magnifique, Damon Runyon, le chroniqueur inspiré de Broadway, Randolph Hearst le magnat de la presse, etc. Scott Fitzgerald nous saluera, mais c’est surtout Zelda, sa femme qui retiendra l’attention, son côté incontrôlable, pulsionnel, sa carrière d’écrivain dans l’ombre. « Je ne veux pas être célèbre ou fêtée - tout ce que je veux, c’est être toujours jeune. » Avec elle et Louise Brooks, il montrera comment des femmes profitant du malstrom créatif de l’époque, parviendront à occuper le devant de la scène, rivalisant avec les hommes grâce à leur intelligence, leur sensibilité ou leur opportunisme. Si Charyn aime la castagne, ces nombreux romans policiers en témoignent (lire les aventures du commissaire Isaac Sidel, le seul policier au ver solitaire), il ne s’est jamais posé en justicier manichéen.
S’il apparaît nostalgique de la belle époque de Broadway, il n’en reste pas moins critique par rapport à l’exploitation des êtres, les femmes aux longues jambes des revues, le grotesque des artistes blancs qui se griment en noir, les noirs que l’on dépossède de leurs droits, pire encore de la musique qu’ils viennent d’inventer, les communistes passés à tabac par la pègre liée aux entrepreneurs et aux politiciens, la corruption… Son fil rouge, une petite chanson yiddish mélancolique, qui fuyant l’Europe, débarque un jour sur un quai de Brooklyn pour devenir dans la rue large une comédie musicale toute swingante et rutilante, mâtinée de jazz et de Gershwin. Woody Allen et Charyn ont cet héritage commun et une grosse pomme en partage.

C’était
Broadway

Jerome Charyn
Traduit
de l’américain
par Cécile Nelson
Folio
370 pages, 7,20

Du sang sur le strass Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°89 , janvier 2008.