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Domaine français Elle s’appelle Michelle

mars 2008 | Le Matricule des Anges n°91 | par Anthony Dufraisse

Pendant plus d’un an, en 2006 et 2007, l’écrivain Nicole Malinconi a écouté l’ex-femme de Marc Dutroux. Récit d’une rencontre.

Vous vous appelez Michelle Martin

Sans doute le nom de Michelle Martin ne vous évoque-t-il plus rien. C’est l’ex-épouse de Marc Dutroux. Lui a été condamné à la prison à vie, elle a écopé de trente ans de réclusion pour complicité de séquestration et tortures. C’est de ce couple dont il est question dans ce livre prenant, éprouvant même, parce qu’il interroge « ce mélange d’humain et d’inhumain qui est en nous ».
Dans la solitude de sa cellule, Michelle Martin, un jour de 2006, projette d’écrire un livre. Pour ce faire elle voudrait l’assistance de Nicole Malinconi et le lui fait savoir par l’intermédiaire de ses avocats. L’écrivain qu’elle est accepte l’idée presque aussitôt, taraudée qu’elle était, avant même d’être sollicitée, par cette question : « comment une femme se laisse-t-elle envoûter par un homme, jusqu’à laisser mourir, jusqu’à cet abandon de la vie, de l’élémentaire loi de la vie, jusqu’à l’oubli de la vie en elle ? » On peut imaginer la surprise de l’auteur quand son interlocutrice lui propose d’écrire un livre sur autre chose, son expérience de la prison par exemple. Et ses actes, et sa responsabilité dans l’affaire Dutroux ? Silence là-dessus, elle ne veut pas en parler. C’est donc sur un malentendu, à la fois divergence et déception, que débute cette relation entre les deux femmes, que commence ce récit qui va suivre plusieurs directions. C’est de biais, par des chemins détournés que Nicole Malinconi aborde alors la complexité des relations entre Michelle Martin et son mari, qu’elle qualifie à plusieurs reprises de « gourou ». C’est par des voies d’accès parallèles que l’auteur pénètre dans ce couple qui fonctionne comme une secte.
Si ce n’est pas du tout un portrait à charge ou un réquisitoire, ce livre n’est pas davantage un portrait complaisant ou un plaidoyer. Non, la question centrale du livre est celle de la mécanique du mal, dont les motifs pour lesquels Michelle Martin a été condamnée sont les manifestations ultimes. Nicole Malinconi est en quête d’une vérité interdite que seule détient Michelle Martin, qui parle sans jamais vraiment dire l’essentiel. Souvent elle se retranche dans le silence quand Nicole Malinconi s’approche trop près. Esquive, évitement, déni, c’est la partie qu’elle joue lors de leurs rencontres successives au parloir de la prison de Namur, où elle purge sa peine. Et Michelle Martin de dérouler le fil de son histoire familiale déjà troublée bien avant la rencontre avec Dutroux. En remontant aux sources de son aliénation, certaines choses s’éclaircissent, qui expliquent peu à peu comment une femme abdique sa volonté pour n’être plus que l’instrument et la complice d’une monstruosité. Et Nicole Malinconi, à l’écoute de cette remontée dans le temps, de dire les sentiments qui l’agitent, transcrivant ces échanges : l’incompréhension permanente et en même temps la volonté d’en savoir plus, d’approcher au plus près du mal tout en s’en sachant trop loin, l’attente déçue, parfois la colère rentrée, retenue. Au vrai Michelle Martin donne l’impression de n’avoir pas pris la mesure de ce qu’elle a fait, comme si, malgré le procès, malgré la psychothérapie, elle n’était jamais sortie du trou noir de la violence extrême, « oublieuse de l’horreur qu’elle a laissée advenir ».
Les questions qui traversent ce récit nous mettent en face du mal, de la cruauté, de la culpabilité. Elles sont toutes brûlantes, car toutes explorent la condition humaine, sa face sombre. Sombre comme la noire jaquette qui recouvre le livre. Et comme toujours chez Nicole Malinconi, c’est une écriture tendue, précise, concise qui orchestre cet interrogatoire aux allures d’enquête, « une sorte de quête des mots ». Elle a toujours ce ton extrêmement simple et - avec trois fois rien, un détail juste, une attention soutenue - elle arrive à rendre les non-dits.
Précision : Michelle Martin a lu ce texte avant sa parution, qu’elle a refusée. Elle a dit ne pas s’y reconnaître. Comme si, décidément, Michelle Martin ne voulait pas admettre ce pourquoi elle est Michelle Martin et pas une autre.

Vous vous
appelez
Michelle
Martin

Nicole
Malinconi
Denoël
180 pages, 13

Elle s’appelle Michelle Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°91 , mars 2008.
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