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Égarés, oubliés Un mâle auteur

juillet 2008 | Le Matricule des Anges n°95 | par Éric Dussert

Homme de guerre aux pays des sables, communard, sportif avant l’heure et écrivain varié, Hector France fut essentiellement un franc personnage.

N’étaient quelques titres encourageants, voire scabreux, on ne serait peut-être pas allé voir du côté d’Hector France. D’abord parce qu’il eut un successeur éminent, ensuite parce qu’à un France près, on n’en était pas. Cependant, des titres ambitieux tel que Les Mystères du monde, faisant suite à Sue, ou troubles comme L’Homme qui tue ne pouvaient que nous attirer plus profond. Et la suite ne peut que donner raison à un fouineur tel que René Fayt qui, il n’y pas si longtemps, s’intéressa à juste titre aux tours et détours de cet écrivain polymorphe, engagé, pour ne pas dire rebelle, habitué aux rigueurs de la caserne et aux libations et privautés de la maison Carrington, spécialisée, si l’on s’en souvient, dans le grivois, sous le manteau, pas présentable, licencieux. Le Péché de Sœur Cunégonde, ou le Beau Vicaire (H. Oriol et Lavy, 1883) et Marie Queue de Vache (Librairie du Progrès, 1883), romans de mœurs cléricales aux « coloris parfois excessifs » (dixit Larousse à l’époque) auraient pu le faire classer parmi les infréquentables. Ce serait trop simple, vous l’imaginez bien.
Militaire et fils de militaire, Hector France fut avant tout une forte tête. Né à Mirecourt (Vosges), le 5 juillet 1840, d’un chef d’escadron de la gendarmerie coloniale, à une époque où ça ne rigolait pas là-bas, petit-fils d’un officier supérieur d’état-major, il fit comme de juste ses études militaires au Prytanée militaire de La Flèche où, singularité suprême, il obtint les premiers prix de littérature. Il faut dire, à notre grande honte, qu’en ses temps diluviens les lettres importaient à tous, c’est-à-dire à tous mais aussi à ceux qui allaient se faire trouer le cuir. Nous n’en sommes plus là. Lui non plus, du reste, qui, après avoir guerroyé dix ans en Tunisie, en Kabylie et autres territoires insurgés, quitta le service, dégoûté d’avoir été bridé, tancé et mis au rencart pour son franc-parler dans L’Homme qui tue (Kistemaekers, 1878), il exposait tout haut les atrocités commises par les troupes coloniales… Il réintégra tout de même le service lors de l’accès guerrier de 1870, et, après avoir mérité la légion d’honneur, trouva l’occasion de ne la jamais recevoir en réfutant dans la presse le dogme insatisfaisant de la retraite à tout prix.Viril et combatif, il protesta encore contre la paix mal venue avec le Prussien et s’engagea dans les rangs de la Commune. Son républicanisme lui valut cette fois un exil londonien prolongé durant lequel, reconverti homme de lettre, il s’attaque à des fresques documentaires passionnantes sur Les Va-nu-pieds de Londres (1884) ou Les Nuits de Londres (1885), qui, jointes à son étude sur Les Dessous de la pudibonderie anglaise (Librairie des Bibliophiles, 1900), lui valurent le statut d’expert ès-mœurs anglaises.
Entré tardivement dans la carrière dès lettres à l’âge de trente-cinq ans Hector France se trouva être, on ne s’en étonnera pas, un ami de Léon Cladel, qui lui consacra une mémorable préface. Romans de mœurs, articles de presse, chroniques sociales, tout a été ausculté par l’excellent René Fayt qui, fouinant dans les recoins de la bibliographie de l’éditeur belge Kistemaeckers trouva de quoi nourrir l’exégèse. Hector France n’est plus n’importe qui. Le seul énoncé de L’amour au Pays Bleu (A. Martin et V. Huber, 1885), du somptueux Sous le burnous, scènes de mœurs militaires algériennes (dont la traduction anglaise dit un peu plus : Musc, Haschisch and blood), ou même du Beau Nègre, roman de mœurs sud-américaines (C. Carrington, 1902) apportent assez d’information à qui sait lire entre les lignes. On devine que l’injustice n’était pas le fort d’Hector France, les rigueurs morales et les bondieuseries non plus. En revanche, il fit de la marche (nom ancien du trekking) transfrontalière une activité régulière. Revigorante, convenons-en.
L’une de ses cibles favorites fut évidemment le clergé, et parmi celui-ci, la basse engeance des curés et des nonnettes. Indéfectible mécréant, républicain ardent voire anarchiste, il produisit même également un Dictionnaire de la langue verte : archaïsmes, néologismes, locutions (Librairie du Progrès, 1907) qui reste délectable. Et puis, parce qu’il faut bien vivre, il commit avec amusement sans doute une série d’opus flagellants de la plus belle espèce, anonymement ou sous le pseudonyme du Bibliophile de Mirecourt, ou celui de Jean de Villiot qu’il partageait avec plusieurs personnes, dont Hughes Rebell qui œuvraient au profit de l’éditeur Charles Carrington, scabreux bibliopole français réfugié à Bruxelles. Ainsi, Hector France le sabreur commit en partie l’Etude sur la flagellation relevée par Pascal Pia, et quelques autres polissonneries. Et c’est ainsi que l’étude des mœurs, souvent, conduit. Installé à Rueil, villa Welcome, le guerrier lettré s’est éteint en 1908.

Un mâle auteur Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°95 , juillet 2008.
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