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Domaine français Feinte trinité

mars 2009 | Le Matricule des Anges n°101 | par Thierry Guichard

Oliver Rohe orchestre avec virtuosité un trio de voix prisonnières de leur solitude. Trois univers différents pour laisser affleurer, peut-être, une même humanité.

Un peuple en petit

Trois personnages viennent en alternance happer le lecteur de ce cinquième livre d’Oliver Rohe. Ou plutôt trois voix dont on pourra se demander si, au final, elles ne sont pas chacune une facette d’un seul démiurge : l’écrivain lui-même. Trois voix aux registres et aux tons très différenciés, presque à l’opposé les unes des autres, comme si un exercice de style avait présidé à leur naissance. La première qui ouvre le livre est celle d’un acteur de Bochum au sortir d’une représentation de Richard III. Son phrasé est assez proche de celui qu’on trouve dans le premier (et très beau) livre de Rohe, Défaut d’origine. C’est une voix qui peut faire penser à celle d’un Thomas Bernhard, d’autant qu’ici le petit milieu théâtral allemand ressemble à la Vienne de l’Autrichien.
La virtuosité de l’écrivain impose d’emblée ce monologue qui peut dans un même souffle citer Shakespeare, décrire une cantine de théâtre exaltée, signaler la présence d’une demoiselle qui avant le point final de la phrase se mariera avec le narrateur, lui fera une fille « aux yeux verts, aujourd’hui superbe jeune femme filant le parfait amour avec un grand roux amateur de puzzles, dont elle s’est éprise pour des motifs qui me restent incompréhensi-bles » (…) D’emblée avec cette voix Rohe fait apparaître tout un univers et deviner un hors champ plus vaste que le livre lui-même. Ça donne de ces surprises qui font de la lecture une joyeuse aventure excitante, savoureuse et inouïe.
Le deuxième à intervenir dans le roman est désigné comme étant « Personnage Deux ». Son phrasé à lui est plus syncopé et on l’imagine aisément nouer et dénouer les doigts des mains quand il parle. Personnage Deux vit dans un appartement à la banalité inquiétante. Ses voisins l’intriguent à moins que ce ne soit lui qui les intrigue : il est vrai que son approche du lexique en fait vite un original. Obsédé par l’arbitraire du signe, il pose sur les choses ou les êtres qui l’entourent une onomastique aléatoire. Avec lui, Rohe ouvre le registre d’un comique bâti sur une angoisse bien réelle. Sa maladie du langage s’accroissant au fur et à mesure du livre, on reste baba comme deux ronds de flan devant la prouesse à laquelle se livre l’écrivain. C’est drôle, ébouriffant, et ça ouvre tout de même des espaces métaphysiques insoupçonnés dans l’univers petit-bourgeois de notre homme.
Le troisième à parler est un enfant et c’est la voix de l’innocence. Le gamin regarde le monde tel qu’il lui apparaît, dans une immédiateté qui le rend d’autant plus absurde que l’enfant se trouve dans une ville en proie à la guerre civile. Objectivés, les événements dont il témoigne, surgissent bruts et sans explication, violents au-delà de leur propre violence. Là encore, Rohe trouve le moyen de surprendre tout en donnant à lire bien plus que ce qui s’est inscrit sur la page. Pas plus que dans son premier roman qui évoquait déjà une guerre civile, ce conflit n’est nommé, pas plus que ne l’est l’endroit où il a lieu. Probablement, Oliver Rohe n’aimera pas qu’on dise qu’il s’agit peut-être du Liban. Mais il faut cependant faire cette hypothèse pour tenter de voir quel ciment relie ces trois voix. Et avancer l’idée que loin de constituer le « peuple en petit » du titre qui évoque Novalis (« un homme parfait est un peuple en petit »), elles constituent le prisme de la voix de l’auteur, lui-même né au Liban. Loin de constituer une entreprise autobiographique, centré sur un moi monolithique, Un peuple en petit libère une altérité potentiellement infinie. Celle des mots, celle des rôles qu’un acteur peut jouer. Il constitue, surtout, un livre absolument ouvert.

Un peuple en petit d’Oliver Rohe
Gallimard, 210 pages, 16,90

Feinte trinité Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°101 , mars 2009.
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