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Poésie La langue comme une lame

mars 2009 | Le Matricule des Anges n°101 | par Marta Krol

Légère, imprévisible et coupante, l’écriture de Pierre Peuchmaurd confectionne un monde inquiet.

Scintillants squelettes de rosée

Même pour celui qui connaît déjà l’auteur, discrètement mais présent sur la scène de la poésie française depuis 1968, le dernier livre de Pierre Peuchmaurd (né en 1923) sera encore un lieu d’étonnement et de séduction renouvelés d’un poème à l’autre. Il regroupe cinq ensembles organisés thématiquement qu’une même poétique, celle de l’inédit par le verbe promu à l’être, réunit. Les textes sont brefs, les vers courts, la ponctuation parcimonieuse ; seule abonde, inépuisable et démiurgique, l’image singulière, inouïe, ineffable : « Le cerfs s’est levé, orage brillant au bois, / des lunes de gui dans sa ramure / Un vent rouge est venu qui a forcé le cerfs, / vers la mer l’a mené / viander aux claires épaves ».
L’univers engendré est transhistorique, peut-être un peu « gothique », à la fois animal (non sans rappeler Savitzkaya), végétal et humain, dont on découvre fatalement l’aspect monstrueux ( « grands ânes terreux du sentiment » ) ; univers que hantent les anges, les loups, une « bête abrupte et brune », que recouvrent des brumes et parcourent des vents, que jonchent objets cassés, crânes et débris. D’inspiration surréaliste, cette écriture ne semble pourtant rien vouloir d’autre que le poème ; totalement dépourvue de contenu idéologique, sinon de temps à autre, comme lâchés à contre-cœur, tel aveu de sa propre ignorance quant aux questions existentielles et fondamentales : « L’écorce déchirée du bouleau / flotte doucement dans l’air mou (…) Je n’ai rien à dire / de l’écorce déchirée du bouleau / et de nos redditions » ; ou encore, magnifiquement : « Si vivre était la raison de vivre / nous saurions parfumer / la grande odeur mouillée / et dorer la peau blanche ». Aussi le lecteur peut-il s’abandonner impunément au festin des créations verbales aussi efficientes que sobres : « la nuit violette aux œufs de femme », « les anges de levure », « Quand vient ton ange / ta chair de bure / et de jeune soie ».
L’amour et la femme sont un motif assez présent, tantôt à la manière de Breton sans avoir à l’envier : « De toi la rose et de toi la raison / (…) de toi la fièvre lente et le feu qui bascule » ; tantôt dans un mouvement de définition générique : « Une femme, / une machine de lumière, / air et chair en masses lentes / dans le temps linéaire », tantôt enfin à travers un discours intime de confession onirique : « Je ne te vois jamais en rêve, / ni ta chair ni ta mort, / ou bien c’est toi cette perle à l’occident de tout » ; et aussi : « Les chevaux dorment / et toi dans leur haleine / Les chevaux dorment très loin de toi / la plaine allume ses yeux de verre ».
Il y a aussi cette série ouvertement eschatologique, « Le bol », placée sous le signe du sang, symbole de violence comme élément constitutif du monde : « De grandes galères de sang / passaient dans un monde jeune » ; fait parfaitement intégré sans nulle trace de pitié ou de révolte, quand bien même cette cruauté nous touchait intimement : « et je sens ta mâchoire / la chair très douce de ta mâchoire, / je sens la chair très dure / m’entrer dans la mémoire ».
Volontiers Pierre Peuchmaurd épouse un rythme incantatoire, comme halluciné, en jouant sur la symétrie syntaxique et sur les assonances : « Des roues sans loi tournent sur les tables, / des loups sans roi dans les étables ». On salue enfin le travail de précision sur la sonorité et sur l’aspect du poème, comme dans ce « Scintillants squelettes de rosée / Épées de plumes dans l’air étroit / Masques du vent, cernes du vent / Oscillants squelettes cervidés », où une énergie circule entre les consonnes sonores, et les voyelles par elles nettement dégagées, pour consolider (sinon figurer) des significations évoquant des formes filiformes, motiles et fragiles.

Scintillants squelettes de rosée
de Pierre Peuchmaurd
Simili Sky (9, rue Garibaldi 93400 Saint-Ouen), 103 pages, 15

La langue comme une lame Par Marta Krol
Le Matricule des Anges n°101 , mars 2009.
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