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Vu à la télévision De mer et de maërl

avril 2009 | Le Matricule des Anges n°102 | par François Salvaing

Un vers, un seul, vraiment un seul, d’Alain Souchon irrite Timothée. C’est dans Foule sentimentale. Ça dit : Attirée par les étoiles, les voiles,/ Que des choses pas commerciales… L’amour aveugle, et Souchon, gentil plaisancier, ne veut pas voir l’étalement sur les coques et les spinnakers des raisons sociales des sponsors qui en ont chassé ces si jolis noms d’Albatros ou de Pen Duick. Si Timothée pense à ce vers décevant de Souchon, c’est qu’il a, l’autre vendredi, regardé Thalassa et que l’invité en était Michel Desjoyaux, récent vainqueur d’un deuxième Vendée Globe.

Timothée, faut dire, la mer, très peu pour lui. Vue de la plage, à la rigueur. Ou du haut du Phare des Baleines, une après-midi où il avait consenti de monter y contempler l’agenouillement à ses pieds des vagues. Ou par calme plat, en toile de fond, tandis que lui lové dans un transat de croisière, un œil à son livre, l’autre aux beautés qui passent. Cette réticence devant les étendues liquides (peut-être due à son enfance dans une rue La Pérouse, notoire naufragé) n’empêche pas Timothée de considérer Thalassa comme l’un des meilleurs magazines d’information sur la terre ferme et ses habitants.

Le soir de Desjoyaux, on explorait un bout de littoral breton avant de gagner une plage sierra-leonaise. De Lorient à Quimper, une soixantaine de kilomètres à vol de mouette. Lorient, jusque-là personne ne l’avait révélé à Timothée, compte cinq ports. Par ordre alphabétique : de commerce, de guerre, de pêche, de plaisance, de voyageurs. Voilà déjà des plans à moudre sous les pales d’un hélico. À ma gauche les bunkers construits par la Kriegsmarine pour abriter ses U-boote, sous-marines terreurs de l’Atlantique. À ma droite la Cité de la Voile-Eric Tabarly et ses espaces grand public, pédagogique, professionnels. À notre aplomb, hors d’eau, démâté, le Tara, voilier d’exploration qu’on révise méticuleusement avant de le lancer, en septembre et pour trois ans, à sonder les glaces et les pôles, en quête de l’avenir de la planète.

Pêcheurs de crevettes, ramasseuses d’algues, mareyeurs de belons, Thalassa ne se prive jamais d’une carte postale, mais ne la livre jamais non plus sans inventaire. Qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Questions basiques que Thalassa n’oublie pas de (se) poser. Bien sûr, il sera question des îles Glénan, berceaux de tant de vocations, et Desjoyaux lui-même confie y avoir nourri la sienne. Mais pas sous cet angle seulement. Les Glénan abritent aussi le plus grand gisement de maërl qui soit. Timothée l’ignare ne savait rien du maërl jusqu’au vendredi de Desjoyaux et se répand depuis : « Connaissez-vous le maërl ? » Hé non ! raille-t-il, pas celui, moqueur, du Temps des Cerises. Le maërl, algue calcifiée, corail breton, engrais recherché. Le maërl, naguère ramassé « à la cuillère » des grues puis à la louche des dragues industrielles, et dont l’extraction forcenée a déséquilibré le milieu marin, chassant les poissons, tuant la pêche.

Thalassa va et vient, plonge et surfe. Mirabela V, voilier grand comme un stade de foot, estimé 60 millions de dollars par son propriétaire qui a fait fortune dans la location de voitures. Des lycéens de Brocéliande à qui l’on a confié des caméras et qui arpentent, travaux pratiques, les ateliers, les chantiers, les hangars. Des sauveteurs qui, devant l’augmentation des appels de détresse, s’inquiètent de la confiance aveugle que les plaisanciers mettent dans l’électronique de leur bateau. Un type qui joue de la harpe par vingt mètres de fond. Un considérable morutier, le Victor-Pleven, qu’on hale vers une casse, suivi depuis les quais par quelques-uns de ses anciens servants, « victime, dit le commentaire, de la sur-pêche à laquelle il avait lui-même contribué ». Des volontaires nettoyant, caillou par caillou, les conséquences d’un dégazage au large. Le Calypso du Commandant Cousteau en restauration. Une crise du logement… pour les bateaux de plaisance, qui s’emmêlent à quai les cordages et les mâts. Une digue qui s’érode sous le choc accru des tempêtes. Des marées d’algues venues de rivières aux eaux plombées de nitrates. Des militants réclamant l’application de la loi contre des propriétaires qui agrègent la côte à leurs domaines…

L’esprit de Thalassa, c’est Gildas Flahaut sans doute qui l’illustre. Ce peintre-sculpteur-écrivain-navigateur, qui voudrait sous nos yeux « parvenir à un objet heureux », déclare pour source d’inspiration essentielle « le spectacle de la manipulation de choses lourdes ». Timothée apprécie l’émission pour ça exactement : on y voit, à terre ou au large, des êtres aux prises avec les choses. Thalassa qui a la prudence de ne pas s’attarder sur les conflits, mais l’élégance de ne pas s’appesantir sur les drames, s’intéresse aux hommes d’abord comme producteurs de biens ou comme acteurs de la vie sociale.

Sans compter qu’en deux heures, elle fait réviser sa géographie, creuser son écologisme, et se frotter de-ci de-là à l’histoire, à l’économie sociale, à la technologie… Si l’on créait une nouvelle chaîne de télévision qui se fixerait par exemple les missions d’informer, d’éduquer et de divertir, nul doute que Georges Pernoud et son équip(ag)e auraient deux ou trois idées à proposer. Et pourquoi pas, d’appeler ça Le Service Public.

De mer et de maërl Par François Salvaing
Le Matricule des Anges n°102 , avril 2009.
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