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Domaine étranger Little big woman

avril 2009 | Le Matricule des Anges n°102 | par Yves Le Gall

Gil Adamson nous entraîne dans la fuite éperdue d’une jeune meurtrière affrontant ses démons auxquels les montagnes de l’Ouest américain donnent un relief saisissant.

Un roman dont la qualité est de nature essentiellement poétique pourrait-il servir de support à un scénario de film ? Cela semble a priori contradictoire. La Veuve de Gil Adamson nous démontre le contraire en réussissant à concilier sensibilité et action en un flux d’images et d’émotions. Images d’immenses espaces naturels mais aussi images précises des plus infimes détails des êtres et des choses. Images aux multiples reflets comme autant de miroirs à la conscience tentée de s’y engloutir. Aucune monotonie, aucune lassitude à découvrir ce minutieux travail sur les formulations, à se laisser porter par le souffle lyrique du premier roman de cette Canadienne, poète et nouvelliste.
Le thème est celui d’une fugitive, rien de bien original. Mais comment ne pas être hanté par la silhouette floue de cette jeune femme aux longues jupes noires, fuyant dans le décor grandiose et inquiétant des montagnes rocheuses de l’Alberta ? Son nom, Mary Bolton. Nous sommes en 1903. À Mary tout a été enlevé. Son bébé dont la mort l’a rendue folle. Puis ses illusions sur l’amour de son mari. Puis enfin son mari. Mary est « veuve par sa faute ». Quel euphémisme pour une meurtrière ! Cette faute est devenue son unique certitude. Elle n’est plus Mary. Seulement « la veuve ». Il lui faut surtout échapper à la vengeance de ses deux beaux-frères aux « têtes de prédateurs impitoyables ».
Mais les effrois de son esprit, ses horribles souvenirs « saturés de présence humaine », sont autrement plus impressionnants que ces deux individus lancés à sa poursuite. La solitude des montagnes lavera-t-elle toute la saleté de son passé ? Non. « Le silence porte l’esprit à murmure ; comme une toile vierge, un mur sombre attendant l’apparition de formes imaginaires. » Étrange chevauchée que celle de cette fille d’un ancien pasteur, fabuleuse cavalière, galopant pour échapper aux noirceurs de son cœur. On se surprend à souhaiter qu’elle ne soit jamais reprise.
Le climat créé par Gil Adamson est pesant, le malaise gagne le lecteur, qui a du mal à distinguer dans les perceptions de la veuve ce qui relève de la réalité de ce qui est pure hallucination. Celle-ci réussit néanmoins à trouver du réconfort. Par les mots qui établissent un lien avec cette autre dimension, celle du mystérieux et du surnaturel. Ils restent toujours sobres tels de bons outils d’élucidation, à manier en « une incantation contre le déferlement des ténèbres ». Mais sa solitude ne dure pas. La veuve va faire la rencontre de personnages étranges. D’abord William Moreland, « le Coureur des crêtes », un ermite solitaire vivant de rapines, spécialiste de la « physiologie des forêts, des rivières et de la neige ». Elle vivra avec lui une brève idylle. Puis il y aura Henry l’indien et enfin le révérend Bonnycastle officiant à Frank, sordide ville minière où ce pasteur bâtisseur malhabile d’une église chancelante assène la parole divine à la force de ses poings.
Tous ont des caractéristiques liées à la vie passée de la veuve. Comme si toute rencontre faisait jaillir en son esprit les plus détestables images nourrissant les germes de la folie inscrits à jamais en son être. Et une simple photo la montrant seule femme en une « implacable netteté » au milieu des hommes rescapés du glissement de terrain de Frank la trahira. Par elle, la veuve sera retrouvée. Retour à la réalité et au châtiment ? Pas vraiment. La veuve a acquis une forme d’invulnérabilité. Énigmatiques et mystérieux ces mots dans un message adressé au « Coureur des crêtes », les deux premiers écrits par la veuve et les deux derniers du roman : « Trouve-moi. » On aurait envie de rajouter : « à suivre ».

La Veuve de Gil Adamson - Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Christian Bourgois, 420 pages, 20

Little big woman Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°102 , avril 2009.
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