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mai 2009 | Le Matricule des Anges n°103 | par Richard Blin

De l’homme couvert de femmes à la folie des dernières années, visite guidée de la maison Maupassant, par Patrick Wald Lasowski.

Viveur fébrile, écrivain prolifique, érotomane consommé, Maupassant fait partie de ces écrivains qui engendrent autant d’idées reçues que de légendes. Sous l’homme de passion, c’est à l’être secret que s’intéresse Patrick Wald Lasowski. À ce qui l’écartèle, ne cesse de le laisser pantois entre désir d’installation et envie d’errance. Du château de Miromesnil - où il est né en 1850 - à la maison de santé du docteur Blanche, à Passy, où il meurt fou en 1893, en passant par toutes les demeures qu’il habita, la vie de Maupassant semble hantée par la quête d’un refuge habitable.
La femme peut-elle être ce refuge ? « Si je la pouvais comparer à une maison, je dirais qu’elle n’est habitable que lorsqu’un mari a essuyé les plâtres ». Habitable donc - Maupassant s’épuisera à le croire et à l’écrire - mais à quel prix ! Paysannes, canotières, femmes du monde, filles de joie, pensionnaires des maisons closes, tout est bon pour celui qui fut comparé à un « taureau de bonne race », et qui se désignait lui-même comme « l’homme aux trois cents femmes ». Une passion qu’il assumera jusqu’en ses ultimes conséquences. « J’ai la vérole ! Enfin ! La vraie ! Pas la misérable chaude-pisse, pas l’ecclésiastique christaline (sic), pas les bourgeoises crêtes de coq ou les légumineux choux-fleurs, non, non, la grande vérole, celle dont est mort François Ier… (…) Alléluia ! J’ai la vérole, par conséquent je n’ai plus peur de l’attraper. » Alors on fanfaronne, on se peint « un con dans le nombril avec figuration des poils et des grandes et petites lèvres ». On parade en offrant le spectacle d’un sexe peint, avec « chan-cres formidables et queue toute vermillonnée ». Conjuration, défi, excentricités qui excéderont Flaubert, le maître et confident, qui sommera ce « jeune lubrique » de travailler un peu plus. « Trop de putains ! Trop de canotage ! Trop d’exercice ! ».
Brève secousse, plaisir rapide et efficace, telle est la loi que Maupassant appliquera à ses contes « pour régaler » des lecteurs empressés et un public avide de sensations et d’émotions. Récits limpides offrant un plaisir calculé fait pour combler le lecteur. Mais un plaisir qui ne demande qu’à renaître. D’où cette forme de fatalité qui condamne au recommencement. « Basse continue de l’œuvre », le Même se fait principe d’écriture, et le texte devient chambre d’échos où se croisent idées fixes et motifs récurrents. Voué au ressassement comme au « ressouvenir » - cette « souffrance qui revient » et qui résonne au travail de ruine et de saccage de la syphilis (longtemps appelée, un « souvenez-vous »), le conteur ne peut que multiplier « les coups », comme avec les pensionnaires des maisons closes.
Entre les feux du désir et ceux de la folie, le seul vrai refuge de Maupassant aura été son œuvre. Elle est là, sa vraie « maison », dans la « carrure du conte », la « fermeté de la nouvelle », la pesanteur discrète, efficace, démonstrative d’une écriture dont l’autre face est « la vivacité nerveuse qui aiguise l’œil, accuse le trait », prolonge le frisson. Une « maison Maupassant » où l’homme, sous la surface lisse du texte, se devine nu, entier, puis confronté au douloureux effritement de son identité. Réfutant l’écriture artiste à la Goncourt, autant que l’introspection psychologique, c’est la justesse du regard que revendiqua toujours Maupassant, avant de finir sa vie obsédé par des voix, parentes sans doute de celle qu’il évoquait dans Sur l’eau, « la maigre petite voix qui crie (…) l’impuissance de l’esprit et la faiblesse de la chair ».

La Maison Maupassant de Patrick Wald Lasowski, Gallimard, « L’Un et l’Autre », 112 pages, 14

Écrire et jouir Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°103 , mai 2009.
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