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Essais Faim de vie en Suède

janvier 2010 | Le Matricule des Anges n°109 | par Pascal Jourdana

De « la parfaite intégration sociale de la mort » à la notion de dignité humaine, deux romans-essais sur l’agonie.

La Nuit qui s’annonce

Les éditions Cénomane ont l’excellente idée de publier simultanément deux livres sur la mort, parus à trente ans d’écart, du Suédois Carl-Henning Wijkmark, né en 1934.
La Mort moderne (1978, première traduction en 1997) est le rapport d’un séminaire imaginaire intitulé « La phase terminale de l’être humain ». Organisé par le ministère des Affaires sociales et réunissant des médecins, des juristes, des « économistes de la santé », des politiciens et des penseurs, ce colloque en vase clos souhaite trouver une façon « responsable » de « planifier » la mort en Suède. L’austérité du style rend le sujet glaçant, et les arguments en faveur du « bon fonctionnement » d’un État moderne apparaissent vite comme d’insidieux éléments de barbarie. Ce livre a paraît-il déclenché un scandale à sa sortie, fissurant les certitudes du fameux modèle suédois. Wijkmark, dix ans plus tard, dans une postface inédite, revient avec force sur son sujet, « le prix que la société attache à la vie humaine ». Constat accablant : cela s’aggrave. Le « réalisme » des technocrates et des marchands a partout gagné du terrain, et l’auteur s’inquiète pour son pays, où les citoyens « bien dressés » sont trop enclins à accepter des situations en dépit du « bon sens et (de) l’instinct de conservation ». Il s’attarde sur la « valeur de l’individu », notion dont s’empare l’idéologie suédoise pour flirter avec l’horreur, en citant « des piliers de l’éthique médicale ». Les positions nationales sur l’avortement, la mort cérébrale, l’euthanasie, les handicapés, servent d’appuis multiples à Wijkmark pour dénoncer les faux scrupules humanistes, les considérations économiques ou le concept inepte de conscience collective. « L’individu n’a pas grande importance, pourvu que les intérêts de la société soient préservés ».
Le second livre, La Nuit qui s’annonce, paru en 2007 et auréolé du prix August, est un roman écrit à la première personne. Il relate le crépuscule d’un homme gisant dans un « terminal », selon l’expression qui échappe à une infirmière, et qui décide d’affronter l’ennemi en « étirant l’instant de la mort par l’imagination ». Il est aidé d’abord par ses lectures, les livres des morts (tibétain, égyptien), Cioran (qui fait « un peu trop assaut de coquetterie »), et les nettement plus joyeux Wodehouse ou Evelyn Waugh. Puis c’est la fuite onirique qu’il pratique, autre manière de « suspendre le moi et le temps ». Étonnant de tension, ce livre, souvent drôle, aborde la question du choix individuel face à l’ultime question : peut-on décider de cesser de vivre, et quand ? Les critères de déchéance ou de souffrance sont relatifs. Celui de l’absence d’amour, plus convaincant, car « si on n’est plus aimé (…) le froid s’insinue en vous et le temps s’arrête. On est déjà mort, en quelque sorte ». Mais le narrateur renâcle : « Dans l’ensemble, je désire vivre, aussi longtemps et de façon aussi indolore que possible ». Voilà qui n’arrange pas son médecin… ni la collectivité ! « Il est quand même étrange qu’une société se souciant si peu de dignité se mette soudain à l’exiger au moment de la mort », songe le mourant.
Ces parutions révèlent un auteur passionnant, peu connu en France sauf pour La Draisine (Actes Sud, 1986), une fable délirante et pleine d’ironie qui, à bien y regarder, recelait déjà de vives réflexions sur la nature humaine. Elles sont amplifiées dans ces ouvrages, l’un plus poétique et méditatif, l’autre plus théorique. La confrontation lucide et très singulière que Wijkmark s’oblige de longue date à tenir avec la mort, dans une perspective à la fois philosophique, morale et politique, nous convie ainsi au « vivant ». Et à sa bonne fin.

La Mort moderne édition revue et augmentée et La Nuit qui s’annonce de Carl-Henning Wijkmark - Traduits du suédois par P. Bouquet, Cénomane, 160 p., 16,50 chacun.

Faim de vie en Suède Par Pascal Jourdana
Le Matricule des Anges n°109 , janvier 2010.
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