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Domaine français Monsieur Ki

avril 2010 | Le Matricule des Anges n°112 | par Virginie Mailles Viard

Monsieur Ki : Rhapsodie parisienne à sourire pour caresser le temps

Il se passe des choses étranges, rue Saint-Maur, à Paris. Des événements qui se situeraient entre Le Horla, Les Mille et une Nuits, et Les Liaisons dangereuses. Que penseriez-vous si, entrant dans votre nouvel appartement vous découvriez, comme vous attendant, une bande enregistrée ? Sur laquelle le précédent locataire raconte à un certain Monsieur Ki, des histoires qui se déroulent dans un village que vous connaissez au moins de réputation. « Tout se passe au pays, dans un village appelé Djimi, un village non loin de mon propre village. (…) Un village de déconnards, de timbrés, de dingues, de fous, d’irrécupérables. Village-fou, tel est l’autre nom de Djimi ». Cette bande laissée là comme une bouteille à la mer, exige explications. D’autant que le conteur s’est jeté sous le métro. Rajoutez aux interrogations du narrateur, une concierge qui subit l’assiduité épistolaire d’un propriétaire ardéchois, sa fille, quasi muette, et l’Afrique décapante qui frappe à la porte. « Devant la case d’Aléman flottait le drapeau français qu’il saluait tous les lundis en chantant La Marseillaise. (…) Et cette médaille qui ne le quittait jamais, c’est de Gaulle lui-même qui la lui avait mise sur la poitrine en disant : Wala midaill’ pasqué toi courangé. (…) Voilà pourquoi le drapeau tricolore s’appelait De Gaulle. »
Koffi Kwahulé livre un roman-théâtre, où le mort de Saint-Maur semble avoir repoussé dans ses 10 m2 l’échéance d’une métamorphose inéluctable. Il enroule le défunt dans la polyphonie des récits, comme un chant ultime à cette solitude qui brise les âmes. Koffi Kwahulé signe un roman débridé, où se mêlent sans dissonance le rire et la violence. Étrange et envoûtante histoire qui réveille notre appétence naturelle et enfantine pour le conte, et pour ce verbe plein de poésie et de vie. Une écriture qui loue les sonorités, les jeux, les écarts. Une voix qui répète, tire à hue et à dia sur l’élastique des phrases, se roule dans la « déconnade » avec allégresse. Et nous avec.

MONSIEUR KI
Rhapsodie parisienne à sourire pour caresser le temps

de KOFFI KWAHULé
Gallimard, « Continents noirs », 146 pages, 16

Monsieur Ki Par Virginie Mailles Viard
Le Matricule des Anges n°112 , avril 2010.
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