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Poches Eternel retour

avril 2010 | Le Matricule des Anges n°112 | par Benoît Legemble

Exilés, voyageurs, étrangers… Les nouvelles d’O’Connor s’imposent comme autant d’alternatives à des êtres déchirés entre le devoir et le désir.

Les Bons chrétiens

En France, on connaissait l’écrivain irlandais pour son roman Redemption Falls. Nous étions avertis, et voilà que le frère de la chanteuse Sinead O’Connor refait parler de lui avec un éblouissant recueil, Les Bons chrétiens, dont l’unité repose entièrement sur le mythe de l’éternel retour. Manifestant un goût naturel pour la provocation, O’Connor n’hésite pas, dans le récit intitulé « Les collines aux aguets », à se jouer d’une morale bourgeoise en peignant les amours d’un membre de l’IRA et d’un soldat britannique. De ce récit - une des plus belles réussites du volume - émanent une consistance tragique, ainsi qu’une réflexion sur la marginalité dans un monde qui paraît de plus en plus anachronique. Joseph O’Connor évoque à travers cette nouvelle la question de l’origine en l’annexant à l’Histoire pour introduire l’inévitable malédiction vouant le couple à la mort. L’héroïsme guerrier et l’ombre du dévot viennent ainsi parasiter la rencontre. Pourtant, l’écrivain perturbe dans chacun des différents récits le tragique en confrontant la réalité factuelle à l’émotion. Cela se traduit par un relativisme faisant la part belle à la distanciation humoristique. La scène primitive de la rencontre entre les deux amants se déroule ainsi devant les « Toilettes Publiques à la Mémoire de l’Honorable Jessica Forbes-Pollexfen » - ainsi nommées pour célébrer la pathétique aventure d’une « vieille aristocrate un peu toquée qui avait été prise d’une envie pressante tandis qu’elle promenait Mussolini, son Jack Russel », « arrêtée pour attentat à la pudeur derrière les roses trémières. »
Le style d’O’Connor manifeste toute son originalité dans l’alliance du registre élevé et du grotesque. C’est qu’« en Irlande on donne un nom à tout ce que l’on construit. Dans un sens, ça ne va pas sans poser problème. » Et le Christ de cohabiter avec la pantomime de Buster Keaton, comme pour dire que tout ceci n’est qu’une farce. Car l’environnement décrit par l’écrivain est celui d’un monde qui marche sur la tête, où l’individu sert une cause par le biais de la terreur et des expéditions punitives. Et Danny l’Irlandais d’écraser « les doigts qui avaient caressé son corps. » Si les deux étrangers finissent par se rapprocher, ils ne pourront pourtant passer au travers des mailles d’un patriotisme fondé sur l’oblation et la phobie de la souillure. Le verbe se raréfie pour mieux montrer la vindicte populaire qui gronde et laisse entrevoir le sort funeste réservé aux amants relégués au tombeau. Chaque nouvelle examine dès lors la possibilité d’un renouveau, d’un ailleurs idéalisé. Ainsi en va-t-il du personnage d’Eddie dans « Le Dernier des Mohicans » - jeune homme habité par une soif de liberté qui le poussera à s’exiler à Londres pour échapper à un « provincialisme étouffant ». Comment ne pas penser ici à Beckett, à Joyce ? O’Connor insistera sur les illusions perdues d’Eddie, sur la réalité de la condition d’exilé, sur la difficulté d’entrer dans l’âge adulte. Voilà son portrait du jeune homme en artiste. Et si le retour était un échec ? À moins qu’il ne s’agisse que d’une passade, comme dans la nouvelle « Faux départ » où un homme est sur le point de quitter sa femme. Le romancier explore alors la psychologie du personnage perdu sur les routes qui, pris d’angoisse face à un danger perceptible mais purement imaginaire, décide de rentrer à la maison. Là aussi, le confort du couple poussera l’individu à rejoindre le cocon conjugal. Joseph O’Connor donne à voir dans ses courts récits des scènes de la vie quotidienne, avec leur part d’égarements et leurs imperfections - fondatrices d’une réflexion globale sur la norme sociale et le recours au rite. Une œuvre majeure, assurément.

Les Bons chretiens de Joseph O’Connor
traduit de l’anglais (Irlande) par Gérard Meudal et Pierrick Masquart, préface de Hugo Hamilton, Phébus, « Libretto », 233 pages, 11

Eternel retour Par Benoît Legemble
Le Matricule des Anges n°112 , avril 2010.
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