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Domaine français Gammes noires

mai 2010 | Le Matricule des Anges n°113 | par Chloé Brendlé

L' Homme qui tua Roland Barthes

En dix-huit nouvelles, Thomas Clerc tisse autant de variations sur l’histoire de crimes.
On se dit d’emblée qu’on a affaire à un maniaque. Celui-ci met en fiction une sorte de galerie des horreurs, en relatant avec concision et précision une série d’événements bien particuliers, depuis l’assassinat d’Abraham Lincoln par Booth en 1865 jusqu’à de récents faits divers en passant par le meurtre non élucidé de Pasolini en 1975. L’Homme qui tua Roland Barthes pourrait avoir pour sous-titre, - en référence aux Mythologies de feu R.B. -, « Nécrologies ». Mais ce n’est pas tellement l’identité des victimes qui importe, malgré ce que laisse croire l’impressionnante liste des nouvelles. On citera pêle-mêle le président des États-Unis, Gianni Versace, Lady Di, Nabokov, Anna Politkovskaïa, Jésus… Non, notre homme s’attache davantage aux circonstances et à l’engrenage du crime, à l’étrange « vacance qui précède l’acte » et à la sphère d’action. Dans un précédent ouvrage (Paris, musée du vingt et unième siècle, le dixième arrondissement) paru dans la même collection, il s’attardait sur les cent cinquante-cinq passages et autres lieux dudit quartier. Dans son nouveau recueil, les dix-huit nouvelles se présentent comme autant d’exercices de style, dont la virtuosité et les possibilités retorses semblent ne jamais devoir s’épuiser : dialogue, description d’une photo, récits croisés, nouvelle en octosyllabes, en phonétique… Nulle faute de goût, une grande inventivité verbale, et un sens très cohérent du rythme, de la mesure et de l’ellipse - Thomas Clerc dit dans sa postface qu’il doit au « rock » d’avoir compris la « nécessité de l’agencement global ».
L’étrange « vacance qui précède l’acte ».
Ainsi, dans « L’Homme qui tua Ernest », l’art du tempo se révèle dans la description méthodique qui suspend et décompose la démarche de trois membres de la bande à Manouchian, en train de marcher l’air de rien dans un quartier d’Auteuil avant un attentat. Le temps est disséqué : « Ne rien faire, imiter l’inaction, relève déjà de l’exploit : lorsqu’on flâne, on est suspect, a fortiori dans ces temps de suspicion lourde, ces rues vides qui sont des lignes et des fuites. Le mouvement le plus naturel revêt un accent d’étrangeté, le moindre geste déplacé peut être imputé à crime. Les monuments eux-mêmes deviennent paranoïaques, comme ce parc désert, ce presbytère clos, cette rue interdite aux véhicules non autorisés. » L’écrivain démonte avec une minutie d’horloger la petite mécanique existentielle du crime : il s’agit toujours de remonter le temps historique, pour finir tambour battant et par cercles concentriques à une scène intérieure. « Il y a trois régimes de vérité : celui, factuel, de la police ; celui, herméneutique, de la justice, et celui, allégorique, de la poésie. » Tels sont les trois cercles dans lesquels la narration se déploie. Ni morbide, ni complaisante, ni didactique, la prose de l’artiste ausculte et triture, avec un ton pince-sans-rire parfois politiquement très incorrect, comme dans cette histoire ou le peu sympathique héros se propose d’éliminer les SDF pour résoudre le problème trop visible de la pauvreté… Ou dans la nouvelle à laquelle va sans conteste notre préférence, qui met en scène la rencontre post mortem de Guillaume Dustan, représentant de la « contre-culture » à la « Zarathoustraight » et d’un Américain néolibéral auteur des Contradictions culturelles du capitalisme et « dogue de l’ordre », dans l’antichambre du Paradis.
In fine, on découvre qu’en orchestrant de façon très théâtrale les fantasmes et les pantins d’une société à grand spectacle, l’auteur n’aura pas cessé d’effeuiller l’imaginaire et l’album caché des fantômes qui le constituent. Histoire aussi de montrer que l’art de la nouvelle, cela peut tenir à une question de souffle.

L’Homme qui tua Roland Barthes de Thomas Clerc
Gallimard, « L’arbalète », 353 pages, 22,50

Gammes noires Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°113 , mai 2010.
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