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Poches Au coeur du sensible

juin 2010 | Le Matricule des Anges n°114 | par Richard Blin

Au sein d’une nature où le savoir ne l’emporte pas sur le mystère, c’est la force des signes élémentaires dont témoigne l’écrivain américain Annie Dillard.

Pélerinage à tinker creek

C’est en 1971 - suite à une pneumonie qui a failli lui coûter la vie - qu’Annie Dillard, à 26 ans, décide de passer plus de temps au contact de la nature. Elle, qui a fait des études de littérature et consacré sa thèse au Walden de Thoreau, s’installe donc à Tinker Creek, près d’une rivière, dans une vallée isolée de la chaîne des Montagnes Bleues. Guidée par une certaine nécessité, si ce n’est par une raison naturelle, c’est à la beauté intempestive du monde qu’elle retourne, à une proximité retrouvée avec l’élémentaire, à une expérience du monde synonyme de plénitude intimement vécue. Retour au réel d’un autre temps que le temps chronométré, quête d’un mode d’être où l’émotion s’accorde à la présence, où le peu devient précieux, où l’effacement de soi est une forme de participation heureuse à ce qui est. Car Annie Dillard ne se contente pas de voir et d’observer : elle note aussi ses propres interactions avec son environnement, et tient ce que Thoreau appelait « un journal météorologique de l’esprit ».

« Dans la nature, l’invraisemblable c’est l’ordinaire. »
Livre de bord, carnet d’une naturaliste, récit, ce Pèlerinage à Tinker Creek (prix Pulitzer 1975) relève autant de l’exercice du regard que de l’essai poético-mystique. L’auteur y décrit un monde où règnent le mystère, la mort, la beauté, la violence, qu’il s’agisse de l’affreuse prédation de la nèpe géante dégustant une jeune grenouille, d’un moustique suçant le sang d’une vipère tête-de-cuivre, ou du monde des insectes, « qui représentent un outrage à toute valeur humaine, et vont contre toute espérance en un dieu raisonnable », tant ces « tueurs de sang-froid », aux « yeux rigides » et à la cervelle « tendue comme une corde tout le long de leur dos », incarnent le mystère, le fugitif, le nocturne, la cruauté inhérente à un monde sans morale - même s’il n’y a dans la nature ni bien ni mal et que c’est nous qui sommes « des créatures morales dans un monde amoral ».
Elle s’intéresse à tout, Annie Dillard : aux merles à ailes rouges s’enfuyant d’un oranger, au poisson rouge dans son bocal, aux planaires - ces vers plats et noirs qu’on élève dans les laboratoires et qui peuvent se régénérer à partir de n’importe quel fragment, au principe d’indétermination des physiciens, au rat musqué, aux papillons monarques, aux mœurs des mantes religieuses, aux parasites forant « leur chemin obscur et insondable dans les tendres tissus de leurs hôtes vivants, à la recherche, comme nous autres, de leur nourriture ».
Pèlerinage dans les formes sensibles de la beauté et de l’horreur, les miracles et les petits cataclysmes de la vie du vallon. « La beauté et la grâce se manifestent, que l’on soit là ou non pour les vouloir ou en sentir instinctivement la présence. Le moins que l’on puisse faire, c’est essayer de se trouver là. » Car la nature révèle tout autant qu’elle dissimule, la seule certitude étant que « l’extravagance est au cœur même de la création », depuis les sixmillions de feuilles d’un gros orme, jusqu’aux 228 muscles séparés et distincts qu’on trouve dans la tête d’une chenille ordinaire, en passant par la phénoménale fécondité des insectes. « Dans la nature, l’invraisemblable c’est l’ordinaire. »
Une faculté d’étonnement et d’admiration qui passe par « l’expérience purifiée du présent » et suppose l’oubli de soi. « Je fais retraite - non pas à l’intérieur de moi-même, mais en dehors de moi-même, de sorte que je devienne un tissu de perceptions. » En somme, être comme l’oiseau dans l’évidence de l’air, et sentir le fil invisible de la création reliant l’arbre à l’oiseau, la fleur à l’astre, le fini à l’infini.
Ces instants de grâce, ces épiphanies et ces présences, Annie Dillard les prolonge, les renouvelle par l’écriture. Entre poétique de l’éclat et chant secret de la ténacité, c’est la profondeur et la densité d’un réel à partir de quoi tout peut (re)commencer, qu’elle donne à ressentir.

Pèlerinage à Tinker Creek de Annie Dillard
Traduit de l’anglais (états-Unis) par Pierre Gault, Christian Bourgois, « Titres », 400 pages, 8

Au coeur du sensible Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°114 , juin 2010.
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