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Poésie Les fleurs d’Anna

avril 2011 | Le Matricule des Anges n°122

Anna Akhmatova traversa le siècle et en capta les secousses sismiques, ses poèmes relevant toujours leur tension dans la concision de leur image et dans une sobriété exemplaire.

L' Eglantier fleurit et autres poèmes

Ossip Mandelstam, l’un des proches amis d’Anna Akhmatova, lui écrivait en 1929, alors qu’il se trouvait accusé dans une affaire sordide de plagiat, qu’il préférerait qu’on lui taillade la gorge à coups de dents, plutôt que de céder à des aveux où se trahirait la vérité. C’est là tout l’enjeu, précise-t-il, de la littérature que de ne pas céder sur sa vérité, celle de son expérience du temps et de l’époque, celle où il s’agit de toucher le balbutiement d’une langue d’où toute « l’écume de la crête du temps » remonte. Anna Akhmatova ne cessa, elle aussi, de faire de sa pratique poétique une éthique : Le Soir (1912), son premier recueil, par lequel cette anthologie, couvrant l’essentiel de l’œuvre jusqu’en 1964, s’ouvre naturellement, a déjà cette sobriété, toute inspirée de la leçon que lui donna l’œuvre de Pouchkine (sur lequel elle écrivit). Insouciante, souvent autobiographique, la légèreté de cette période pétersbourgeoise fait d’elle une « souple gitane » où « les nuages voguent comme des glaçons, glaçons/Dans les eaux claires des rivières bleues ».
Le Rosaire (1914), recueil suivant, n’annule pas cette confiance, dont la prégnance des choses simples est le signe le plus évident des enseignements de ce matin de l’Acméisme qu’elle partagea avec l’un de ses fondateurs (Mandelstam) : « Un frais et fort parfum de mer/Montait du plat, des huîtres dans la glace. » écrit-elle, ailleurs « bruissent les bardanes dans le creux du fossé,/Quant jaune orange s’incline la grappe du sorbier », « des paysannes brunes, calmes » à la beauté rude sont égales à sa parole vivifiante. Mais Mandelstam n’allait pas s’y tromper : aux joies simples, que son Voyage en Arménie dira, ou à celles de la poésie d’Anna Akhmatova, « il ne devait, indiquent les traducteurs, être fait grâce “d’aucun des supplices de Dante” ». Si la Première Guerre mondiale fut déjà un effondrement pour cette génération, la situation russe, après la Révolution de 17, s’aggrave : la guerre civile fait rage, les famines gagnent le pays, Anna vit sans domicile fixe avec quelques objets et livres ; les répressions s’étendent, la chape du stalinisme s’abat en faisant craquer les vertèbres de millions d’êtres (Mandelstam est arrêté, puis déporté en Sibérie, Harms meurt dans un asile, Goumiliov – son premier mari – est exécuté…). Celle que le régime soviétique traita de poète réactionnaire et de « petite dame hystérique » (lors du rapport Jdanov en 1946), va alors se taire, ne plus vraiment publier avant 1962. De nombreux poèmes, dont son Requiem (1935-1940), également traduit, seront appris par cœur par de proches amis, les petits papiers griffonnés brûlés immédiatement. L’églantier fleurit (1961) s’en souvient, au même titre que la douleur sans pathos de Requiem, dans un incipit bouleversant : « Pour tout vœu,/Ce vent sec et coupant/Ne nous apportera/Qu’une odeur de moisi,/Un goût de fumée et ces vers/écrits de ma main ». « La séparation noire, (est) définitive », « les flots de la Néva, suie noire », même la nuit est un mur où seuls « les pneus des fourgons noirs » se découpent.
L’épilogue de Requiem, où elle écrit « avoir appris comment se défont les visages », ne démord pas de ce malheur où s’est abîmée définitivement la possibilité d’une culture universelle. Mais dans l’âpreté et la coupe sèche, noire, de sa voix, se reflète toujours une issue, la grâce de la feuille d’églantier, comme si Anna Akhmatova se souvenait de cette phrase de Hölderlin sur la tragédie moderne : « car là où croît le danger, là aussi croît ce qui sauve ».

Emmanuel Laugier

L’églantier fleurit et autres poèmes
Anna Akhmatova
Traduit du russe par Marion Graf et José-Flore Tappy
préface de Pierre Oster
Édition bilingue, La Dogana, 232 pages, 22

Les fleurs d’Anna
Le Matricule des Anges n°122 , avril 2011.
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