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Domaine français Avant les ténèbres

février 2013 | Le Matricule des Anges n°140 | par Jean Laurenti

Dans un récit touchant, Michèle Audin libère son père Maurice des geôles de ses tortionnaires pour le rendre à la lumière de la vie qui fut la sienne.

L’arrestation, la torture et l’assassinat de Maurice Audin (un temps maquillé en évasion et en disparition par l’état-major des paras d’Alger) permettent d’entrevoir quelque chose des crimes dont s’est rendu coupable l’État français quand au début de l’année 1957 il a donné à ses militaires les pleins pouvoirs pour poursuivre la mission dite de pacification de l’Algérie. Des livres comme celui de Pierre Vidal-Naquet – L’Affaire Audin – ou d’Henri Alleg – La Question –, qui a été arrêté juste après Maurice Audin dont il était l’ami et qu’il croisera entre deux séances de torture, permettent de retracer l’itinéraire tragique de ce jeune et brillant mathématicien mort à vingt-cinq ans.
Le récit que publie Michèle Audin, sa fille, mathématicienne elle aussi, enseignante et chercheuse, n’est en rien destiné à relancer ou faire avancer l’enquête, à contribuer au surgissement d’une vérité encore recouverte de bien des zones d’ombre à propos du meurtre de son père. « C’est au contraire de la vie, de sa vie, dont toutes les traces n’ont pas disparu, que j’entends vous parler ici », écrit-elle en préambule d’Une vie brève. Derrière les données et les faits bruts il y avait bien une vie, des vies. Le militant anticolonialiste, membre du Parti Communiste Algérien frappé d’interdiction, passionné par la recherche, avait une épouse rencontrée à l’université d’Alger, qui avait le même âge et les mêmes convictions. Ils ont eu trois enfants, qui au moment de l’irruption des militaires dans l’appartement familial étaient âgés de trois ans, vingt mois et un mois. Michèle Audin, née en 1954, était l’aînée. Son texte sobre et pudique que l’on devine longuement mûri touche le lecteur, rend proches ce temps et ces lieux qui ne sont pas les siens. Le matériau que travaille Michèle Audin est celui de l’ordinaire, du quotidien d’un jeune homme qu’elle permet de connaître un peu. Maurice Audin est né en 1932 en Tunisie où son père, gendarme, était en fonction (avant lui, la fratrie a compté un autre Maurice, mort en bas âge). Il est de cette génération à qui les écoles d’enfants de troupe ont offert la possibilité de poursuivre des études secondaires. Il sera ainsi pensionnaire dans deux de ces établissements, Hammam Riga en Algérie puis Autun en Bourgogne, de 1943 à 1948. Fils de gendarme et élève des militaires, Maurice Audin « qui a été, nous le savons, torturé et assassiné par l’armée française était, aussi, un produit de cette armée ». Après son retour à Alger pour sa dernière année de lycée, viendra le temps des études de mathématiques à l’université. Elles aboutiront à la rédaction d’une thèse sur les espaces vectoriels (qui sera soutenue in absentia à la Sorbonne en décembre 1957) et avant cela à l’obtention d’un poste d’assistant à la faculté.
Les carnets de comptes du jeune couple sont un important vivier d’informations pour l’auteur. Elle y suit l’amélioration du quotidien avec l’arrivée des salaires, les habitudes alimentaires, les abonnements aux journaux scientifiques et politiques, les sorties au cinéma, les achats de cigarettes et de fleurs… Si elle sait que son père aimait Marias Callas et Nazim Hikmet, elle ignore presque tout de ses goûts en matière de musique et de littérature. Son texte est ainsi parsemé de phrases interrogatives. Des incertitudes dues aux sources fragmentaires et au fait qu’au moment de sa fin brutale, cette vie n’était encore qu’à l’orée de ce qu’elle était appelée à être.

Jean Laurenti

Une vie brève
de Michèle Audin
Gallimard, « L’Arbalète », 185 pages, 17,90

Avant les ténèbres Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°140 , février 2013.
LMDA papier n°140
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°140
4,50