Venu en Russie notamment pour négocier les droits de romans dont les auteurs sont des personnages d’autres livres de Christian Garcin, Thomas Rawicz se fait aussitôt enlever par le Zorro chinois dont les aventures nous étaient déjà racontées dans Des femmes disparaissent (Verdier, 2011). Méprise du détective privé et excuses de son acolyte (rencontré lui dans La Piste mongole (Verdier, 2009) et auteur présumé de Des femmes disparaissent). Les deux Chinois voulaient s’en prendre au mafioso Tomas Krawczyck, trafiquant de drogues, d’armes et d’enfants. Thomas va faire de sa mésaventure une aventure rondement menée. Les trois seront rejoints par la compagne du Français, Marie, qui entretemps aura aperçu au bord du lac Baïkal, la silhouette de sa grand-mère, pourtant morte et enterrée, après avoir rencontré Shoshana Stevens, medium qui introduisait l’action de La Jubilation des hasards (Gallimard, 2005)). S’il n’est pas nécessaire d’avoir lu les ouvrages précédents de l’auteur pour goûter au plaisir de cette fiction azimutée, du moins ces souterrains qui irriguent Les Nuits de Vladivostok indiquent-ils bien de quoi est faite l’esthétique romanesque de Garcin : une fiction généreuse, des thèmes récurrents, une part de fantastique, une forme d’exotisme et un goût prononcé pour les cavités, grottes, galeries dans lesquelles des hommes s’enfouissent pour mourir. Si l’histoire est rocambolesque, les moyens que se donne l’auteur pour la mener sont à la hauteur : variations de focales, histoires enchâssées les unes dans les autres, perméabilité des champs temporels et écriture ludique concourent à mener le lecteur excité au terme des trois cent cinquante pages à la vitesse d’un rêve.
On pense immanquablement au meilleur Murakami, ne serait-ce que par la liberté et le pouvoir offerts ici à la fiction. Ce genre de livre devrait permettre à son auteur de retrouver un succès au moins égal à celui de son premier roman, Le Vol du pigeon voyageur (Gallimard, 2000) et qui sait, à ses nouveaux lecteurs, le défi de retrouver les personnages des précédents romans dans leurs fictions originelles.
Les Nuits de Vladivostok semble votre roman le plus débridé sur le plan de la fiction. Comme si dans la balance de l’écriture, vous aviez poussé à leur maximum les boutons « aventure », « rebondissement », « action ». Ce roman est-il l’expression d’une foi absolue dans le romanesque ?
À une époque où on aurait plutôt tendance à se méfier de la fiction, à considérer qu’il ne « faut pas se raconter d’histoires », où ces notions (aventure, rebondissement, action) semblent réservées à une littérature de seconde zone, une époque où l’on semble privilégier les histoires personnelles ou une sorte de reportage sociétal romancé (qui donne à l’occasion d’excellents livres), comme si, pour beaucoup, le désir de fiction avait été totalement happé par les séries télé et les mauvais livres, ne laissant plus à la littérature que le « je », il est...
Entretiens Vols d’étourneaux
février 2013 | Le Matricule des Anges n°140
| par
Thierry Guichard
Le nouveau roman de Christian Garcin a foi en la fiction. Le lecteur s’y perdra avec délices, ballotté à nouveau dans un univers où les souterrains font des galeries diablement romanesques.
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