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Dossier Emmanuel Bove
D’un certain usage de la concession

juillet 2013 | Le Matricule des Anges n°145

Emmanuel Bove fait un usage aussi constant que singulier des liens logiques, en particulier de la concession. C’est une marque de son style, « la frappe » immédiatement reconnaissable de certaines de ses phrases, ce qui fait leur « ton » indéfinissable (can-dide ? narquois ? ironique ?) : « Il n’y avait ni oiseaux, ni bourgeons ; cependant, c’était le printemps ». « Elle ne devait pas plaire aux hommes, mais tout de même, c’était une femme avec de gros seins et des hanches plus larges que les miennes ».
Dans ces deux phrases, tirées de Mes amis, la concession nie l’implication attendue ; c’est son mécanisme. L’orientation du mouvement argumentatif va dans un sens paradoxal puisqu’il invite à se satisfaire d’un printemps qui est la négation du printemps, d’une femme si peu « femme » que cela nous fait rire.
Tout Bove est là, son humour noir, sa manière de justifier l’injustifiable jusqu’à l’absurde, de défendre avec bonne volonté une réalité si disgraciée qu’à peine elle justifie son nom. C’est qu’il y a des échelles dans le malheur. On peut « préférer perdre  » « un bras qu’une jambe, deux bras que le nez, deux bras et une jambe que les yeux », comme Armand, lorsqu’il se souvient de son expérience de soldat pendant la guerre de 14.
Ailleurs, la concession inscrit en creux entre les phrases la place de l’espoir le plus aberrant. Comme celui d’Armand, chassé par Jeanne : « Je me retournais parfois, espérant que Jeanne m’avait suivi. C’est si peu de chose de se retourner, et c’eût été une si grande joie si je l’avais aperçue. Elle n’était jamais là. Pourtant je ne traversais pas les rues trop encombrées pour qu’elle ne perdît pas ma trace ».
Puisque Jeanne n’est pas là, les précautions d’Armand sont inutiles et même déraisonnables. Mais la force d’Emmanuel Bove est d’ouvrir ainsi, poliment, l’air de rien, sous ses petites phrases si modestes, si comiquement, – parfois si absurdement articulées –, de silencieuses et terribles échappées sur le manque dont nous souffrons, et nos rêves pathétiques.
Son dernier roman, Le Piège, évoque les démêlés de Joseph Bridet, homme ordinaire, avec la police de Vichy. Mis en camp à force de manœuvres maladroites, Bridet rêve d’être distingué des autres prisonniers et rendu à la liberté. Il sera bien choisi, – mais comme otage –, exécuté en représailles à la mort de deux officiers allemands. Sa mort n’est pourtant pas un sacre romanesque. Elle n’a ni sens, ni grandeur. C’est une mort absurde avant la lettre. Bridet reste médiocre jusqu’au bout, anonyme jusque dans son ultime « élection » : on peut rêver à l’infini sur le paradoxe que souligne une fois de plus, silencieusement, la concession.
« Il était derrière, mais ce n’était plus comme au lycée ou au régiment. Il avait beau être derrière, il n’était pas oublié ».

Dominique Barbéris

Dernier livre paru :
Beau Rivage...

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