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Poésie Hymne à la beauté

juin 2015 | Le Matricule des Anges n°164

Écrits entre 1941 et 1991, ces vingt-sept poèmes traduits par la compositrice et chanteuse Angélique Ionatos nous font accoster sur la terre d’Elytis, chantre de la langue grecque.

Grecque me fut donnée ma langue ; humble maison sur les sables d’Homère », tel est le premier vers d’un des nombreux poèmes réunis dans cette « anthologie vagabonde ». Sobrement présentée par Angélique Ionatos, cette anthologie très personnelle et remarquablement agencée, pioche parmi les recueils les plus importants dont Axion Esti, Maria Nefeli, Le Monogramme, Journal d’un avril invisible… Ce choix d’extraits se présente comme un parcours qui tient de l’itinérance et de « l’esprit d’insularité » dont Elytis a toujours fait preuve. Il est vrai que le poète, natif d’Héraklion, n’a eu de cesse de revenir à Mytilène (Lesbos), dont sa famille était originaire, mais aussi dans les nombreuses îles grecques, où il passa de longs étés durant son enfance. Ces îles, telles les Cyclades, représentent outre le paradis perdu de ce temps de l’innocence, le lieu même de la création, cette partie du cosmos où la vie se donne à voir sous toutes ses incarnations. La langue grecque désigne ici le socle d’une maison à ciel ouvert. Il s’agit alors d’habiter une terre baignée, selon Jacques Lacarrière, par « la lumière des mots », la « lumière des choses ». À propos d’Orientations, écrit en 1939, il remarque également que l’écriture d’Elytis s’y révèle d’emblée comme « imprégnée de surréalisme et d’images ressurgies du fond égéen de la Grèce ».
À la suite de Mikis Théodorakis qui créa un oratorio en 1964 d’après To Axion Esti, Angélique Ionatos composa la cantate Marie des Brumes en 1984, inspirée de Maria Nefeli qui fut écrit en 1978. L’année suivante, en 1979, Elytis reçut le prix Nobel de littérature. Angélique Ionatos continua avec passion à composer de magnifiques créations musicales sur les poèmes d’Elytis, et notamment les traductions en grec moderne que le poète fit des fragments de Sappho. Né en 1911, Elytis a toujours vécu à Athènes, mais il a également quitté la Grèce plusieurs fois et s’est rendu, dans sa jeunesse, en France, où il rencontra les surréalistes. Souvent invité à l’étranger, Elytis est donc un voyageur, mais sans doute a-t-il conçu son plus beau périple avec les mots car son œuvre poétique constitue à elle seule une mer à traverser : « Toujours toi la petite étoile et toujours moi le sombre navire ».
Bien sûr, tout commence à la naissance. Le Soleil en personne se déplace pour voir la créature dans son berceau, puis ce sera la Lune visitant le jardin de la maison de Mytilène, puis le Destin. Dès lors, un dialogue s’établit avec la nature, les éléments, la mer, le vent, avec la lune, le soleil, son éclat et ses ombres. Et ce même soleil : « Ta mission, dit-il, est ce monde / et il est inscrit dans tes entrailles / Instruis-toi, efforce-toi, / Guerroie ». C’est bien là une œuvre qui témoigne d’une célébration amoureuse de la création, où les mythes également présents, représentent encore les grandes forces à l’œuvre au sein du cosmos. Le style d’Elytis ne manque pas alors de recourir à la métaphore, voire l’allégorie, et la personnification. Par exemple, cette apostrophe à Selana, autrement dit la « lune » en grec ancien : « C’était sur mon île autrefois là où si je ne me trompe / Des milliers d’années en arrière Sappho t’amena / En cachette dans le jardin de notre vieille maison / En frappant des galets dans l’eau pour que je sache / Qu’on t’appelle Selana et que c’est toi qui tiens / Au-dessus de nous le miroir du sommeil et joues. » Règne une sorte d’anthropomorphisme où la nature se transfigure : les arbres ont des bras, les poissons parlent, « les jacinthes versent des larmes », « l’oursin résout les rébus de l’eau ». Ainsi, chaque mot s’incarne-t-il et toute chose est le lieu d’une parole : « le soleil comme les vagues ne sont qu’une écriture. » Le premier vers de Villa Natacha l’affirme aussi : «  J’ai quelque chose à dire de limpide et d’inconcevable / comme un chant d’oiseau en temps de guerre » et plus loin « et toutes les figures / Copiées soigneusement dans les fruits : le cercle, le carré / Le triangle et le losange / Tels que les voient les oiseaux, afin que le monde devienne simple / Un dessin de Picasso / Avec femme, enfant, et centaure. » Une forme de lyrisme s’appuie ici sur le désir d’une plénitude : la sensation et le sentiment d’éprouver les limites de l’existence humaine en sondent également la beauté. Mais cet hymne à la vie comporte son versant opposé, le « côté de la destruction et de la Mort ». Et celle-ci s’entrevoit dans Les Élégies de la pierre tout au bout : « Immense la mort sans mois ni siècles ».

Emmanuelle Rodrigues

Le Soleil sait
Odysseas Elytis
Traduit du grec par A. Ionatos
Postface de I. Iliopoulou
Édition bilingue
Cheyne éditeur, 127 p., 23

Hymne à la beauté
Le Matricule des Anges n°164 , juin 2015.
LMDA PDF n°164
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