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Textes & images Le théâtre de l’extase

janvier 2016 | Le Matricule des Anges n°169 | par Richard Blin

De quoi jouissaient les saintes qui montraient leur âme en se dévoilant ? C’est ce secret que s’attachent à percer les dessins d’Ernest Pignon-Ernest et les textes d’André Velter.

Pour l’amour de l’amour : Figures de l’extase

Elles se nomment Hildegarde, Angèle, Catherine, Marie ou Thérèse, toutes ces femmes souvent considérés comme folles avant d’être béatifiées. Dévorées par le désir de l’absolu, emplies de visions ou vouées à l’éperdu, ces saintes, qui ont nourri l’imaginaire des peintres et fasciné tant d’écrivains, incarnent jusqu’au sublime l’insatiable soif de ce qui est au-delà. Elles sont « de chair et d’écharde, d’esclandre et d’alarme » écrit André Velter. Elles ont « l’excès pour mesure », « ne cherchent pas l’impossible mais le trouvent en tous lieux ». Leur corps est « un chemin de croix aux voluptés cruelles », une sorte d’« embarcadère qui s’arrache à la terre » pour rejoindre le Crucifié crucifiant – le Sauveur et l’Amant, le Fiancé ou l’Époux – dans l’extase, la joie suppliciante d’une jouissance sans bord, qui irradie, dépasse les limites du corps propre, transporte dans l’espace de non-contradiction du charnel et du spirituel.
Cette catastrophe belle de l’extase, cette langue en excès qui ouvre la vue sur ce qui doit rester caché, ne pouvait qu’attiser le désir d’expression d’un poète comme A.Velter et d’un artiste de la trempe d’Ernest Pignon-Ernest, lui qui a fait du corps un des éléments majeurs de son vocabulaire. Très sensibles aux expériences existentielles qui arrachent l’esprit aux bornes ordinaires de ses limites, ils ne pouvaient qu’être attirés par cet extrême de la féminité qu’est l’expérience extatique. Mais comment faire image de chairs aspirant à se désincarner, comment restituer par des mots ou des traits de telles « effractions sublimées »  ? Comment dire cette vérité sans vulgarité ?
La réponse est dans ce livre – édition augmentée d’Extases, paru en 2008 – dédié à huit grandes mystiques. À chacune André Velter consacre un texte suivi de photographies des dessins d’Ernest Pignon-Ernest et de leur installation dans différentes chapelles ou églises. On va ainsi de Marie Madeleine, « la pécheresse, la fille du plaisir monnayé et des petites morts en cascade », qui découvrit le sépulcre vide et épousa « cette absence insensée », à Madame Guyon, la championne du pur amour qui disait que « le commencement de l’union est une jouissance supérieure à toutes celles du sexe », en passant par Hildegarde de Bingen, la première grande mystique, Angèle de Foligno – qui fit tant rêver Georges Bataille – toujours soucieuse d’aller nue à la croix pour mieux se donner à son amant divin, Catherine de Sienne, qui « a donné les sanies et le sang pour couleurs de l’extase », Thérèse d’Avila, l’extatique par excellence – qu’immortalisa le chef-d’œuvre du Bernin, cette sculpture dont Lacan disait que « ça ne fait pas de doute, elle jouit » –, Marie de l’Incarnation, qui s’unissait à une pure clarté, et Louise du Néant qui poussa « la négation de soi jusqu’à l’abjection la plus sauvage et peut-être la plus pure ».
Un livre amoureux, poétique, explorant à fleur de peau la béatitude visionnaire comme l’orage de l’« amour unissant », inventoriant la physique de l’extase dans son rapport avec le plaisir et ce que Thérèse d’Avila appelle la « douleur spirituelle ». « La douleur était si vive, écrit-elle, que je gémissais et si excessive la suavité de cette douleur qu’on ne peut désirer qu’elle cesse. » Un livre qui rend perceptible l’efflorescence du théâtre intérieur retourné en pure extériorité, où se montre le corps inondé de la Présence divine, où l’on assiste à des hémorragies d’âme vécue jusqu’à l’extrême. Un livre qui déborde d’une surabondance qui ne se contient plus elle-même, et où devient patent ce qui, dans l’éros mystique, dépasse la différence des sexes. Comment donc ne pas l’aimer cet ouvrage célébrant l’éclatante vérité d’une réalité dont chaque dessin capte l’effusion et reconduit l’énigme. Un livre où miroitent l’éclat de l’infini et le travail de la grâce derrière la plénitude de l’âme fécondée.
Richard Blin

POUR L’AMOUR DE L’AMOUR, Figures de l’extase
D’ERNEST PIGNON-ERNEST
Textes d’ANDRÉ VELTER, Gallimard, 176 p., 35

* Parallèlement paraît Dans la lumière déchirante de la mer, Pasolini assassiné, dessins d’Ernest Pignon-Ernest, préface et texte de Karin Espinosa, poème d’André Velter (Actes Sud, 80 pages, 90 illustrations, 25 ). E. Pignon-Ernest, qui a fait de la rue le lieu de résonance de son art, a placardé dans des lieux de Rome, d’Ostie, de Naples, qui ont tous un lien avec la vie ou l’œuvre de P.P.P., une image montrant Pasolini portant et présentant son propre cadavre comme une question sans réponse. Une émouvante pietà christique pour ne rien oublier, et parce que Pier Paolo, écrit Pignon-Ernest, était « un mystique contrarié, incompatible, irrécupérable ».

Le théâtre de l’extase Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°169 , janvier 2016.
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