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Poésie L’épreuve de la connaissance

février 2016 | Le Matricule des Anges n°170 | par Emmanuelle Rodrigues

Cette anthologie propose près d’un demi-siècle de création : d’une voix percutante, Anise Koltz fait entendre une étonnante liberté de parole.

Somnambule du jour

Rien n’est plus obscur et mystérieux que la clarté », tel est l’étrange énoncé qu’Anise Koltz formule comme une évidence dans la préface. Pour mieux nous en convaincre, elle s’en remet à Novalis, qui affirmait que notre plus grand tort était « de ne pas prendre en considération la partie nocturne du réel ». Et pour appuyer son propos plus encore, elle cite Guillevic pour qui la poésie ne se comprend pas autrement que comme « une aventure colossale ». La langue, dit-elle aussi, est un feu qui doit éclairer notre monde, et il va sans dire que notre penchant à l’obscurcir, à le rendre plus dérisoire qu’il n’est, le resserrant dans l’étroitesse de l’ego, ou dans l’étau du mal, ne nous y soustrait guère. Heureusement, la langue portée par Anise Koltz est puissante. Elle vibre et résonne, ses mots s’imposent avec assurance, offrant à sa galaxie intérieure l’espace de sa parole. Par-delà les apparences, nous sommes entraînés par ce « je » qui martèle à l’infini ses réflexions, et nous emporte dans son rêve éveillé. Mais, qui s’exprime ici ? Celle qui se sait n’être qu’un écho dont elle ignore l’origine, un « je » qui « tourne autour du soleil », et porte ses vies antérieures, ayant dépassé l’irréductibilité de toutes les oppositions. Car, au fil de cette pérégrination, les questions demeurent sans réponse. Ou plutôt, elles ne tiennent qu’à une seule : « Toute ma vie / n’a été qu’un dialogue / avec la mort. »
Née en 1928 au grand-duché de Luxembourg, Anise Koltz y fait éditer ses premiers recueils ainsi qu’en Allemagne. Puis, à partir de 1980, elle fait le choix de ne plus écrire qu’en français. Pierre Seghers l’avait introduite dans sa collection de poètes étrangers, « Autour du monde », en publiant en 1966, Le Cirque du soleil. Le reste de l’œuvre sera édité par l’éditeur luxembourgeois Phi, et en France, par Arfuyen. Composés dans un style des plus épurés, le plus souvent formés de strophes de quelques vers, ses poèmes semblables à des aphorismes, ou des sentences, adoptent la tournure d’un paradoxe, d’une antithèse. Leur manière peut se définir par cette façon de contenir une construction syntaxique qui telle une corolle accueille le frémissement du sens. De même, la simplicité lexicale draine les mots les plus essentiels : vivre, mourir, être, naître. La nature, et les éléments qui la composent, la terre, l’eau, le feu dessinent le décor où cette parole fuse, libérant une énergie qui donne force à l’expression. Usant de l’oxymore, comme de la métaphore, Anise Koltz accentue à travers toutes sortes d’apories la vanité de la condition humaine. Parmi les figures les plus frappantes, celle de la mère revient de manière obsédante. Par analogie, la poétesse porte en elle la gestation incessante de ses mots et, finalement dit-elle, « dans ce monde / démuni de sens / le langage est notre ultime refuge / C’est lui qui appelle notre présent / à exister. » D’une manière récurrente, une prédilection des contraires caractérise cette langue et lui donne parfois un goût amer. L’être humain s’apparente au néant et à la mort, mais face à celle-ci, les mots sont peu et pourtant, fruits d’une clairvoyance poussée à l’extrême, il faut y mordre. Vie et mort se rejoignent dans une ambivalence omniprésente. Aussi, arrive-t-il que le propos ne soit pas dénué d’une certaine violence. Le style économe d’Anise Koltz ne manque pas non plus d’une touche subversive. Ainsi, s’exclame-t-elle : « Je porterai le drapeau / de la liberté / Je saluerai Ève / désobéissante / Nous donnant la liberté / l’amour des contraires ».
E. Rodrigues

SOMNAMBULE DU JOUR
Poèmes choisis d’ANISE KOLTZ
Poésie /Gallimard, 249 pages, 8,10

L’épreuve de la connaissance Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°170 , février 2016.
LMDA PDF n°170
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