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Poésie Exercice d’absence

juin 2016 | Le Matricule des Anges n°174 | par Christine Plantec

Sous le signe de la disparition, La Finitude des corps simples de Claude Royet-Journoud persiste dans la voie sèche.

La Finitude des corps simples

En quatrième de couverture, on peut lire cette phrase : « C’est pourquoi à la question : à quoi sert le langage ? N’a qu’une réponse : A vivre. » Il s’agit d’une citation du linguiste Émile Benveniste dont les dernières années de sa vie furent marquées d’aphasie. Or c’est peut-être sous l’angle de ce terrible paradoxe qu’on peut tenter d’approcher La Finitude des corps simples. Le langage, loin d’être réduit à sa fonction utilitaire, serait une capacité proprement existentielle quand bien même il viendrait à défaillir. La poésie de Claude Royet-Journoud, depuis le début des années 70 s’institue au cœur de cette question : elle « raconte » en prose et/ou en vers la difficulté à dire, à en écrire le constat tout autant qu’elle s’avère incapable d’y renoncer.
En guetteur rigoureux et minimal, en 10 sections (dissection ?), le poète affronte le deuil, celui de la mère. « Par tous les angles, on apprivoise une surface », celle de la page, du réel, des corps vivants et morts ; tout cela à la fois. Constamment sur la brèche, son poème économe, elliptique est déconcertant de silence et d’effroyables cris. On perçoit le risque qu’il y a à avancer ainsi ; l’équilibre précaire des mots en proie à la chute, à la permanence de leur propre effondrement ainsi qu’à celui du sens. Pourtant on envisage aussi que sans ce risque, il n’y a rien.
Si pour Claude Royet-Journoud, l’acte d’écrire est une expérience mentale, il est aussi une physique, celle de la main sur la page, tout autant que l’apparition du poème sur le rectangle de la feuille, tentant de se frayer un passage instable, fragile. « Nous avançons encore plus loin dans la lenteur de ce monde disjoint, séparé d’un réel qu’on finissait par percevoir. Les mots faiblissent. La couleur s’éteint le long des parois. On y enregistre une pensée avide. Comme un paysage arraché. » Et un peu plus loin : « La nuit est de plus en plus étroite. Se fait plus étroite. Dans quelle direction faudrait-il avancer ? Dans quelle grammaire faire entendre ce qui sourd et jamais ne fait surface ?  » Plus loin encore, le poète constate «  De son corps, j’ai retiré les images  », ce corps de « poupée couchée dans la caisse » ou étendue sur « la table de verre », comment alors représenter celle qui s’apprête à disparaître ? Il y a «  nécessité d’une matière  », mais comment en trouver la voie ? Tout le texte est pétri de cette circularité vertigineuse.
Néanmoins, Royet-Journoud, ici encore, tente de cerner des figures, des «  corps simples », de les délimiter comme on borde parfois les peurs en les nommant par des noms qui ne leur conviennent pas mais qui permettent provisoirement de les approcher. En écho, on pense à une voix jumelle, cet autre passage de l’Autre femme, disparue elle aussi, Anne-Marie Albiach qui dans Figurations de l’image (2004) écrivait : «  à cet endroit où les images s’effacent / s’avère une terre ; dans / une étreinte une réminiscence comme / si l’on attendait dans l’épuisement le / lever du jour  ». Et à la presque fin de La Finitude des corps simples, la levée d’un corps, celle d’un Lazare ensommeillé mais vivant.
Christine Plantec

La Finitude des corps simples
de Claude Royet-Journoud
P.O.L, 87 pages, 13

Exercice d’absence Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°174 , juin 2016.
LMDA papier n°174
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LMDA PDF n°174
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