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Théâtre Changer le destin

juillet 2016 | Le Matricule des Anges n°175 | par Patrick Gay Bellile

Le dramaturge suisse Max Frisch imagine rejouer certaines scènes de sa vie pour les modifier.

Biographie : un jeu

Si c’était à refaire… C’est un exercice bien connu et régulièrement pratiqué par les gens d’un certain âge. Il faut en effet avoir un peu de recul sur sa vie pour déterminer les moments charnières, les faiblesses, les lâchetés, qui sont la cause de tout ce qui s’ensuivit. Et si l’on pouvait revenir en arrière, remonter le fil du temps pour retrouver ce moment précis où certaines phrases ont été dites, où un regard, un geste, un mot, un retard, ou une incompréhension ont modifié irrémédiablement le cours des choses. Et si c’était à refaire, sûr qu’il en irait autrement. Parce que cette fois, nous saurions quoi faire. La proposition est faite à Bernard Kürmann, le héros de la pièce de Max Frisch, de procéder à cette réécriture partielle de sa biographie. La cinquantaine, professeur reconnu et savant estimé spécialisé dans l’éthologie, la science du comportement, il voudrait juste ne pas avoir épousé sa seconde femme. Un meneur de jeu et deux assistants se chargent de définir le cadre et les règles du jeu et vont tenter de mener à bien cette refonte de sa vie qu’il souhaite réaliser. Quitte à jouer parfois son rôle ou le rôle de certaines des personnes qu’il a rencontrées.
Le problème de Bernard Kürmann est simple : «  Je me refuse de croire que notre biographie, la mienne ou la vôtre, ou n’importe laquelle, ne puisse pas tourner autrement. Tout autrement. Il suffit que je me comporte différemment ne serait-ce qu’une seule fois – et je ne deviens pas professeur, mais je me retrouve en prison, par exemple, pour trois ans, ensuite je m’expatrie au Canada par exemple, ou en Australie, et j’ai une biographie sans Antoinette Stein. » Et donc : « Je ne voudrais pas qu’Antoinette devienne ma femme. » Il devrait suffire de rejouer le moment de leur rencontre, ce moment où tout a basculé. Cela ne semble pas bien compliqué : il ne fallait pas l’inviter à rester ce soir-là et il en irait tout autrement. Quelques répliques à modifier, ne pas lui prendre la main, invoquer l’arrivée prochaine d’une tierce personne, et le tour est joué. Et pourtant… Pourtant tout part d’une erreur : notre biographie n’est faite que des souvenirs que nous avons choisi de garder, ou d’inventer, elle n’est qu’une construction a posteriori, et comporte nombre d’oublis, d’erreurs ou de petits arrangements. Or, le meneur de jeu sait tout cela. Son grand dossier contient dans le détail la réalité de ce qui s’est vraiment passé et ne saurait être contesté. Et revivre tel moment pour pouvoir le changer, c’est aussi accepter de le redécouvrir et de le revoir tel qu’il fut réellement. Ce n’est pas toujours évident. Les choses s’enchaînent entre elles et tissent des liens que nous ignorons. Et lorsque le professeur Kürmann rejouera la scène primordiale, celle où Antoinette aurait dû partir pour finalement rester, puis, dans la foulée, toute sa vie, il redira les mêmes choses, refera les mêmes gestes, comme si au bout du compte il n’était pas totalement libre de faire ce qu’il veut. Il ne changera que quelques bricoles. Il n’y a finalement qu’un endroit où l’on peut reprendre, recommencer, changer les choses, où les répétitions amènent des regards neufs et des points de vue différents, c’est le théâtre. La vie est un théâtre, oui, mis à part que la pièce est écrite une fois pour toutes et que les regrets et les répétitions n’y pourront rien changer. Et qu’il ne sert de rien de se lamenter.
Max Frisch s’amuse des situations qu’il a lui-même provoquées. Des erreurs commises par certains protagonistes, des leçons d’interprétation données par le meneur de jeu et de l’importance prise par certains accessoires dans notre vie de tous les jours. Il joue des quiproquos et des répétitions. Et la scène finale libère enfin Bernard Kürmann. Pour combien de temps ? « Chaque homme s’invente une histoire qu’il prend ensuite pour sa vie, souvent au prix de lourds sacrifices. »
Patrick Gay-Bellile

Biographie : un jeu
De Max Frisch
Nouvelle version de 1984. Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, L’Arche, 128 pages, 13,50

Changer le destin Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°175 , juillet 2016.
LMDA PDF n°175
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