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Domaine français Éclats d’en france

novembre 2016 | Le Matricule des Anges n°178 | par Thierry Cecille

Dans Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi raconte avec lucidité et humour l’année de son bac, le premier bac obtenu par un Arabe de sa cité. Le roman d’apprentissage d’une parole qui naît à elle-même, quand la banlieue porte « dans chaque bouche un roman de Zola ».

Ma part de Gaulois

Quartiers nord de Toulouse, rue Raphaël, année 1981. La victoire de François Mitterrand est annoncée, nombreux sont ceux qui pensent que cela va constituer un tournant radical, que l’on va enfin changer la vie. Magyd, le héros-narrateur, se dit, lui, que sa vie, peut-être, va, modestement, changer : il passe le bac. « Un bac dans la cité dépassait l’imagination, c’était l’homme qui marchait sur la lune, l’inaccessible étoile, l’affaire des Blancs. Je transgressais le subconscient. Était-ce possible ? Un bac à ce pouilleux qui porte des jeans rapiécés, et pourquoi pas le donner à un chien ?  » Il oscille entre l’espoir et l’angoisse, le défaitisme résigné et l’ambition folle. Il serait prêt à baisser les bras, à rentrer dans les rangs, à rejoindre la cohorte de ses ratés de frères – si sa mère ne veillait sur lui, et son destin. Elle ne cesse de lui répéter « deux mots kabyles qui vous percent le cœur et laissent un trou béant : Ekhrah amaghziz (Apprends, mon bien-aimé) ».
En 2004 déjà, dans son roboratif Livret de famille, Magyd Cherfi, chanteur et parolier du groupe Zebda, avait offert à cette mère forte et sensible à la fois un bel hommage, portrait plein d’humour et d’émotion. Il retrouve ici cette même parole, énergique, colorée – et élargit le champ. Autour de lui, l’affrontant, se pressent les autres mâles de la cité, relégués et faussement désinvoltes, qui ne cessent, depuis sa plus rude enfance, de le traiter d’enculé dès qu’il a l’insolence… de lire ! Politiquement incorrect, Cherfi dresse le constat des haines plus ou moins rentrées, du poison du ressentiment qui règne entre ces barres d’immeuble. Les ratés, disait Céline par la voix de Bardamu, y a rien de plus féroce – et ici le fait qu’ils soient Arabes n’arrange rien : « Ils se haïssaient tous » accuse le narrateur. « De mépris en méprise », il doit subir les plaisanteries, puis les brimades, puis les coups parfois – jusqu’à l’insulte suprême : « Tu les aimes les Français, pédé ! ». Devenu comme « étranger des (s)iens », il résiste pourtant, au cœur de cette « Bougnoulie ». Depuis ses plus jeunes années, déjà, il doit se voir, se vivre comme « le fils d’immigré suivi de son géniteur, le bicot », mais il s’entête, fait partie de ceux qui « voulaient en découdre avec le décousu  ». Il s’agit pour lui de ne pas s’avouer vaincu sans avoir combattu, de « récupérer (s)a part de Gaulois  ». 
Mettant au service d’autrui leurs qualités scolaires, intellectuelles et humaines, Magyd et sa «  bande » de complices se font animateurs de quartier, se dévouent en soutien scolaire et autres ateliers de théâtre ou d’écriture. Mal leur en prend : Momo rate désastreusement le concours d’entrée au Conservatoire de Toulouse et la belle Bija se retrouve à l’hôpital, « déchiquetée  » par son père et son frère car ils l’ont surprise à lire « un livre démoniaque  » : Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Zweig !
Cependant le lecteur rit – jaune – aussi : ainsi lorsque tous les adultes, autour de Magyd, paniquent et font leurs bagages quand Mitterrand l’emporte, puisque pour eux il demeure celui qui « a couvert la torture au nom de la République ». Le récit d’apprentissage nous montre également Magyd en proie aux tourments amoureux ; il se prend de passion pour l’ « arabité  » rêvée qu’incarne Samia : «  Je nous voyais Adam et Eve, bruns. Et à la place des feuilles de vigne, celle d’un figuier. Au lieu de la pomme, une figue ». Et c’est enfin avec son petit groupe de rock, pourtant composé de Gaulois pur jus, qu’il peut respirer. La chanson est son territoire, il idolâtre Lavilliers et pleure à la mort de Brassens. C’est là, dans cette « ambiance douce heureuse » qu’il trouve enfin une place à sa mesure : « Tous ces mecs n’attendaient pas de moi que je relève aucun défi, me fallait juste être moi, incisif et rieur  ».

Thierry Cecille

Éclats d’en france Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°178 , novembre 2016.
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