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En grande surface La mauvaise éducation

avril 2017 | Le Matricule des Anges n°182 | par Pierre Mondot

Au Parti socialiste, on se doit d’être inaudible. Benoît Hamon a fixé la ligne et désormais chacun s’y plie. Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem choisit-elle, pour étouffer son cri, de publier un livre au moment où les gondoles manquent déjà de chavirer sous le poids des professions de foi des candidats à la présidentielle.
La Vie a plus d’imagination que toi  : le titre (et la couverture, une photo d’enfance) orientent le lecteur sur la piste de l’autobiographie mais gare, c’est un piège. L’auteure nous précise qu’il s’agit d’« une conversation ». Du genre de celles qu’affectionnent les politiques : soit un monologue entrecoupé de questions rhétoriques (« Et vous savez quoi ? »). En effet, le fil de l’histoire individuelle n’est déroulé qu’afin d’orner le tableau de l’action politique, à la manière d’un ruban de bolduc.
Ce n’est d’ailleurs qu’ à son corps défendant que la ministre consent à lever le voile sur ses origines : « je m’étais jurée que je ne raconterais pas, jamais. Que je garderais pour moi ce qui n’appartient qu’à moi ». Il lui paraît pourtant impérieux de répondre à ceux « qui comblent les silences, racontent, imaginent, affabulent ». De quoi s’agit-il ? Google nous éclaire. Une rumeur s’est propagée il y a peu, dans les bas-fonds d’Internet : Najat Vallaud-Belkacem s’appellerait en réalité Claudine Dupont et aurait usurpé son ascendance marocaine pour bénéficier des avantages liés à la discrimination positive. On trouve même sur certains sites le duplicata trafiqué d’une carte d’identité. La vie a plus d’imagination que Najat mais les corbeaux du web ont plus d’imagination que la vie. On se demande bien qui ces calembredaines ont pu berner car de toute évidence, Najat est bien trop jeune pour se prénommer Claudine.
Les premières pages du livre, cependant, émeuvent. Elles décrivent l’exil, la transition abrupte entre le soleil de Beni Chiker et les flaques de Picardie, le village de « maisons de chaux blanches » et les barres d’immeubles à la périphérie d’Amiens. Puis la fascination pour la France, « pays magique » où poussent « des pommes de terre géantes », le passage hebdomadaire du bibliobus au pied des tours : « C’était la fête. »
S’ensuit le récit d’un second déracinement, plus joyeux, mais tout aussi touchant : Najat a 20 ans, elle est admise à Sciences-Po. Sa famille, qui l’a accompagnée dans la capitale, vient de repartir. Il est vingt-deux heures en ce dimanche d’août, veille de rentrée. La jeune fille décide de sortir seule, « pour la première fois de sa vie ». Elle marche dans Paris, « la ville de tous les dangers », déambule dans les rues encore baignées de chaleur estivale, ivre de rêves et de liberté.
L’entrée à l’IEP marque une rupture. Passé ce cap, la langue se corsète. Le récit de la vie affective laisse place au parcours professionnel. L’enfant du Rif enfile tailleur et escarpins, retrouve la langue de bois enseignée rue Saint-Guillaume pour devenir porte-parole d’elle-même.
On lui octroie un premier maroquin : le ministère des droits de la femme. Elle y fait voter une loi qui pénalise les clients des prostituées et suscite de violentes réactions : « les cris, la haine, (…) les mots qui blessent comme “putophobe” ».
Le texte, naïf et contre-productif (les filles se trouvent forcées de se cacher davantage et se mettent en danger), augure pourtant de ce que sera ensuite la réforme du collège, dont la défense occupe le dernier tiers du livre.
Najat Vallaud-Belkacem y vante la création des enseignements interdisciplinaires qui permettent « de lier constamment les connaissances et l’expérience, les savoirs et le savoir-faire ». Mais qui aboutissent en pratique à des projets comme « Mme Bovary mangeait-elle équilibré ? » Ou jure que le latin ne s’est jamais adressé « à autant de monde que depuis la réforme » quand en réalité on ne l’apprend plus aux élèves, on les en parfume. C’est l’émergence de la didactique moléculaire. Et voilà comment les parents d’élèves effrayés par la vaporisation des contenus et un collège réduit à l’état de chiourme, inscrivent en masse leurs rejetons dans les établissements privés. La cour du ministère, rue de Grenelle, est pavée de bonnes intentions et on aurait souhaité, pour cornaquer le mammouth, un guide plus chevronné, capable de résister au boniment des pédagogistes.
L’Éducation nationale est une vieille institution. L’arrivée à sa tête de la jeune fille de Beni Chiker, incarnation du mérite républicain, rappelle la fable de ce chêne centenaire qui reconnaît, dans la cognée du bûcheron venu l’abattre, le bois de ses anciens rameaux.

La mauvaise éducation Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°182 , avril 2017.
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