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Intemporels Chantiers littéraires

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Didier Garcia

Le dernier roman de l’Américain Don Carpenter (1931-1995) met en scène le désir d’écrire. Promu au rang de personnage principal.

Un dernier verre au bar sans nom

Que peuvent bien avoir en commun Jaime Monel, étudiante à la fois jeune et brillante, Charlie Monel, vétéran de la guerre de Corée, Dick Dubonet, auteur de nouvelles publiées dans Playboy, Kenny Gross, collectionneur de livres rares, et Stan Winger, tour à tour cambrioleur et taulard ? Le même rêve : celui de devenir écrivain – comme si le destin du commun des mortels était de consacrer sa vie à l’écriture. D’ailleurs, au moment où nous faisons leur connaissance, ils ont tous déjà une nouvelle ou un roman en chantier ; et autour d’eux, de nombreux étudiants suivent des cours de création littéraire.
De la fin des années 1950 au début des années 1970 (dominées par l’ombre imposante de la Beat Generation), nous les suivons dans leurs réussites et leurs échecs, chacun traversant des hauts et des bas (parfois même des très bas, qui leur font toucher le fond, et qui s’accompagnent de cuites douloureuses), chacun se débrouillant comme il le peut avec l’écriture, les stratégies des maisons d’édition, mais aussi avec la vie.
Dans un premier temps, le roman se focalise sur l’histoire de Charlie et Jaime (couple fraîchement marié), le premier se voyant écrire « le Moby Dick de la guerre », s’imaginant même écrire sur la guerre de Corée l’équivalent du Catch 22 de Joseph Heller, la seconde le tenant pour le nouveau Norman Mailer. Pour ce qui est de Charlie, c’est surtout à son naufrage que nous assistons. Contrairement à ce qu’elle imaginait, Jaime perce avant lui ; son premier roman figure pendant deux semaines sur la liste des best-sellers du New York Times. Cela suffit à décourager Charlie et à le faire basculer dans une autre vie, dans laquelle il n’a soudain plus rien à faire, sinon s’occuper de leur fille Kira : « L’obsession qui l’avait occupé durant des années avait disparu. Aucune raison de commencer un autre projet d’écriture. Il n’était pas écrivain. Le truc était de se trouver une autre obsession ». Après avoir échoué à devenir romancier, il va tenter sa chance du côté d’Hollywood, là où l’écriture est un business, et où il peut laisser son bagage littéraire derrière lui pour se faire scénariste. « Froidement. Efficacement. » Pour le dire autrement : écrire « de la merde pour de l’argent ».
En cours de route, le couple croise d’autres écrivains, pour qui les affaires évoluent différemment. Pour Stan par exemple, après sa sortie de prison, ce sont les portes d’Hollywood qui s’entrouvrent, et avec Hollywood des projets d’adaptation cinématographique, voire de gros contrats en perspective. D’autres se lancent dans la littérature pour enfants. Mais tous doivent composer avec leurs peurs et leurs démons, comme Dick, qui n’ose pas se lancer dans un roman : « Cela lui glaçait le cœur de travailler aussi longtemps sur quelque chose pour qu’ensuite on lui en refuse la publication. Peut-être qu’il n’avait pas de roman à écrire. (…) Rien sur quoi écrire. »
Dans ce roman de formation (à l’intérieur duquel les personnages apparaissent puis disparaissent durant plusieurs chapitres, avant de revenir, transformés par le passage des années), nous naviguons sur la côte Ouest, de l’Oregon à la Californie, de Portland à Hollywood et Sausalito, en passant par San Francisco, où ces écrivains en herbe se livrent une compétition littéraire acharnée. Mais Un dernier verre au bar sans nom est surtout un roman sur l’écriture, sur la place qu’elle peut prendre dans une vie, au sein d’un couple, d’une famille, et jusque dans les mailles d’une relation amicale. Un roman sur les écrivains, mais alors des écrivains qui n’appartiennent pas vraiment au milieu. Qui n’ont même rien à voir avec des gens de lettres. Ici, nous sommes loin des salons littéraires : ça picole dur, ça se drogue volontiers, et ça baise à droite et à gauche, car les filles sont plutôt faciles.
Pendant plus de quatre cents pages nous sommes portés par des phrases toutes simples, faites des mots les plus ordinaires, et par une intrigue qui n’en est pas vraiment une, réduite au seul passage du temps (comme dans tout roman de formation qui se respecte). Sous la plume de Carpenter, tout est simple, fluide, limpide, lumineux. Naturel pourrait-on dire. Sans jamais rien de forcé. On a même l’impression, tellement le texte paraît couler de source, que le roman s’écrit de lui-même. Et pourtant, dès les premiers pages le lecteur est empoigné. Pris par la main. Une main chaleureuse et ferme qui l’emmène exactement où elle le veut. Pour l’essentiel : là où l’homme se retrouve seul face à ses désirs et à ce qu’il entend faire de sa vie.

Didier Garcia

Un dernier verre au bar sans nom,
de Don Carpenter
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy, 10/18, 456 pages, 8,40

Chantiers littéraires Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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