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Domaine étranger Sur les pas de Don Quichotte

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Thierry Guinhut

Avec élégance et acuité, l’écrivain italien Pietro Citati nous invite à une relecture du chef-d’œuvre de Cervantès.

Il est fort délicat de s’attaquer aux monstres sacrés. L’on risque ainsi les redites, les poncifs. Pourtant Pietro Citati n’a pas cette crainte. Après avoir dressé des monuments de finesse critique à Goethe, Kafka et Leopardi, le voici jetant un sort au personnage emblématique et inoubliable de Cervantès : Don Quichotte, né en 1605. Bien que fort connu et irremplaçable parmi l’histoire de la littérature, le roman demeure tissé de questions énigmatiques : qui est le narrateur, qui a raison, le chevalier à la triste figure ou son valet, Sancho Panza, où est la vérité ? Sans prétende apporter des réponses définitives qui fermeraient toute controverse, Pietro Citati sait exciter les papilles de l’intelligence.
Entre le « je  » initial qui mène la narration et « Cid Hamet Benengeli », un gouffre se creuse. Est-ce parce que Cervantès fut un temps otage des Maures ? Le récit du sage écrivain est moqué par cette liasse de papiers trouvés, qui contaient en morisque l’histoire de Don Quichotte sous la plume d’un « Benengeli, fils de l’Evangile », ou « aubergine  ». Se moquant, veut-il dire que cet « historien arabe véridico-menteur » est un affabulateur, que l’auteur toujours est pluriel ? De plus le personnage « invente complètement sa vie et celle des autres », comme un romancier donc.
Artiste de la parodie et du sublime, Cervantès se moque des romans de chevalerie et de leurs idéaux élevés, pour descendre sur le sol d’une réalité qui les dément à coup d’avanies diverses, que Don Quichotte ne veut ni ne peut reconnaître comme véritables. Ce que, devant un personnage qui « vécut de livres et de modèles », en « un grandiose triomphe de l’imagination  », Pietro Citati interprète avec justesse comme la perte des modèles, alors que la parfaite Dulcinée est une « création mentale » platonicienne.
À partir de l’idéalisation inconditionnelle de Dulcinée, le monument quichottesque d’aventures et de récits enchâssés devient un « répertoire de la passion amoureuse », même si Dulcinée du Toboso n’est qu’une « grossière paysanne puant l’ail ». Sans cesse le lecteur est emporté sur la croupe de Rossinante, à moins qu’il s’agisse de l’âne de Sancho. Or si l’essai, à la semblance du roman, commence peu ou prou par l’adoubement du chevalier par un aubergiste – ce qui est pure bouffonnerie – et se termine par sa mort, on ne trouvera pas là un résumé, mais une mise en bouche goûteuse.
Opposé à son maître qui est tout esprit, Sancho Panza aime dormir et manger, rire de tout son corps. Il parle simplement, s’appuie sur des proverbes, et, de toute évidence, ne lit pas, puisque analphabète ; mais il sait raconter, au moyen de « sa merveilleuse langue plébéienne ». Parodiant Don Quichotte, « ce qui est docte devient farcesque ». Ainsi les personnages, y compris le Duc et la Duchesse qui font à notre héros abandonner provisoirement la profession de chevalier errant, les lieux, en particulier le Toboso, la grotte enchantée de Montesinos et « l’insula Barataria », dont Sancho devient Gouverneur, sont mis en valeur ; les motifs récurrents sont mis en relief avec pertinence par Pietro Citati. Les grands enjeux du roman apparaissent, entre sérieux et humour, entre vérité et fiction, entre soumission au réel et imagination créatrice, jusqu’à ceux politiques du temps, comme lorsque revient le souvenir de l’expulsion des Morisques.
Sans nul doute, Cervantès appartient à « la race des écrivains gigantesques, Shakespeare et Balzac, qui portent dans leur sein toutes les créatures humaines, les choses possibles et impossibles, les villes réelles et imaginaires ». Pietro Citati appartient lui à celle rare des biographes et critiques qui nous font pénétrer leur monde avec autant d’élégance que d’acuité. À la fois agréable initiation, à la fois subtil commentaire, voici une invitation à la lecture d’un chef-d’œuvre universel, joliment dépoussiéré.

Thierry Guinhut

Don Quichotte, de Pietro Citati
Traduit de l’italien par Brigitte Pérol,
L’Arpenteur, 192 pages, 19,50

Sur les pas de Don Quichotte Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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