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Domaine étranger Petites et grandes choses

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Christine Plantec

Écrites entre 1943 et 1962, les onze proses de Natalia Ginzburg condensent, avec une simplicité déconcertante, les moments emblématiques d’une vie.

Lorsqu’on écrit une histoire, on doit se jeter dedans avec tout ce que l’on possède et que l’on a vu de meilleur, tout ce que l’on a recueilli de meilleur dans sa vie. Les détails se consument et s’usent, à les porter avec soi pendant longtemps sans s’en servir » (« Mon métier »). Il y a quelque chose d’une urgence dans les textes de Natalia Ginzburg. Il y a dans son écriture, quelque chose de l’ordre de la nécessité ; celle de témoigner, non pas pour démontrer mais pour le plaisir et l’exigence de comprendre, quitte à révéler peu à peu les contradictions d’une existence.
De Natalia Ginzburg, on connaît ses romans (Tous nos hiers, Les Mots de la tribu, Ne me demande jamais) et peut-être aussi quelques détails de sa vie qui font de cette écrivaine italienne du XXe siècle une figure féminine anticonformiste. Née en 1916 d’un père juif et d’une mère protestante, l’enfance de Natalia est celle d’une bourgeoisie cultivée, athée et farouchement opposée à Mussolini. Traductrice de Flaubert, l’auteure semble guetter l’insignifiance pour en faire la matière de ses récits. Souvent, en effet ses personnages se heurtent aux parois d’un quotidien banal et ennuyeux.
Dans Les Petites Vertus, hybridation réussie d’autobiographie et d’essai, chaque texte est arrimé à un contexte prosaïque ou dérisoire. Soit une méditation climatologique sur « L’hiver dans les Abruzzes » qui esquisse subtilement les années de relégation qu’elle et son mari antifasciste vécurent avant que celui-ci ne soit arrêté puis assassiné par la Gestapo dans une prison romaine en 1943. Soit « Les chaussures trouées » et la vie de bohème contrastant avec la réalité des obligations maternelles, alors que récemment veuve elle confie ses trois enfants à sa mère. Londres et sa grisaille en forme de memento mori créent un discret diptyque avec « Portrait d’un ami » dont la tristesse turinoise devint l’écrin où se suicide, un soir d’août 1950, son ami Cesare Pavese. « Lui et moi » est le portrait du couple qu’elle forme avec son second époux, l’essayiste et traducteur de l’anglais Gabriele Baldini : « Lui, il a toujours chaud ; moi, j’ai toujours froid. (…) Il aime le théâtre, la peinture et la musique : surtout la musique. Je ne comprends rien à la musique, la peinture m’importe peu, et je m’ennuie au théâtre ». L’énumération systématique de toutes leurs dissemblances finit par créer une image tendre de la vie conjugale et l’ironie de certains passages ne semble là que pour créer la distance pudique qui sied à ce genre d’exercice. Comme nombre de ses « histoires », Natalia Ginzburg s’amuse, ici, de la temporalité en faisant remonter « Lui et moi » au jour de leur première rencontre alors que ni l’un ni l’autre ne savent ce qui adviendra de cette balade à deux, en 1942, sur la via Nazionale à Rome. Il y a que chez l’auteure, la nostalgie est toujours première, quel que soit le sujet, il s’agit de retourner aux sources d’un lieu perdu et qui, peut-être n’existe pas : une colline à Turin, la campagne des Abruzzes, Londres enveloppée d’un sfumato plus pictural que réel.
L’écriture de Ginzburg, en apparence improvisée et teintée d’oralité, donne l’impression que la narratrice écrit dans le même geste qu’elle s’adresse au lecteur, que sa pensée s’élabore dans l’improvisation du présent : celle qui craignait le silence mais se montrait hyper lucide vis-à-vis du langage a fait le choix de la simplicité (Daniele Del Giudice considérant son œuvre comme un incessant et futile bavardage) moins par incapacité que par refus d’un style esthétisant, lyrique et larmoyant. À cet égard, son style est fidèle au parcours d’une femme dans toutes les dimensions de sa condition de jeune fille, de mère, d’épouse dans les années d’après-guerre et tout cela à la fois en un mélange assumé.

Christine Plantec

Les Petites Vertus, de Natalia Ginzburg
Traduit de l’italien par Adriana R. Salem,
Ypsilon éditeur, 129 pages, 20

Petites et grandes choses Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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