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Histoire littéraire Un trésor de traduction

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Eric Bonnargent

Loin d’être un roman réservé aux adolescents, L’Île au trésor est bien l’un des grands chefs-d’œuvre de Robert Louis Stevenson.

Les éditions Tristram proposent régulièrement de nouvelles traductions des grands classiques de la littérature. Après La Vie et les opinions de Tristram Shandy de Laurence Sterne traduit par Guy Jouvet, après Les Aventures de Tom Sawyer et Les Aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain traduits par le regretté Bernard Hoepffner, c’est au tour de L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson d’avoir droit à une nouvelle traduction de qualité. Traducteur débutant de 74 ans, Jean-Jacques Greif a décidé de rendre justice à un texte écrit en 1883, hélas trop souvent cantonné aux rayonnages de la littérature jeunesse. Avant même l’essor de cette littérature, le texte de Stevenson avait été lissé, appauvri, adapté à un public supposé ne pas être en mesure de se confronter aux subtilités et aux finesses de la langue. Constatant que Stevenson est de ces auteurs « qui aiment triturer et bouturer la langue », le traducteur a décidé de restituer toute sa vivacité à ce livre en optant pour d’heureux partis pris. Le premier a été de conserver le jargon maritime d’époque, cher à Stevenson, qui, avant de finir sa vie aux îles Samoa, a longtemps rêvé des mers du Sud. Le deuxième a été de traduire le passé anglais par le présent français et non par le passé simple, certes très littéraire, mais qui patine la langue et « donne au texte une sorte de rigidité d’un autre âge que ne possède pas le roman original de Stevenson ». Enfin, et sans doute est-ce le parti pris le plus important : Jean-Jacques Greif a décidé d’être aussi fidèle que possible à l’auteur de L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde en rendant les différents niveaux de langue utilisés par les personnages. Dans les traductions précédentes, les pirates parlaient peu ou prou la même langue que le jeune Jim Hawkins ou que le docteur Livesey. Dans cette nouvelle traduction, les incorrections grammaticales, linguistiques et syntaxiques sont conservées et varient selon le degré d’instruction des pirates eux-mêmes. Long John Silver, par exemple, qui est un peu allé à l’école, parle un anglais certes châtié, mais de meilleure qualité que celui de ses hommes. Le « I been » original de ces pirates aussi ignorants que cruels n’est plus traduit par un trop correct « J’ai été », mais par un « Je suis été » ; « Irelander » n’est plus corrigé par « Irlandais », mais devient « Irlandien », etc. Les dialogues sont ainsi plus rythmés, plus énergiques, et le plaisir de la lecture s’en trouve décuplé.
Pour mieux s’en rendre compte, comparons les traductions à l’original : au chapitre 26, Stevenson fait dire à Silver : « Ah ! says he. Well, that’s unfort’nate – appears as if killing parties was a waste of time. Howsomever, sperrits don’t reckon for much, by what I’ve seen. I’ll chance it with the sperrits, Jim. And now, you’ve spoke up free, and I’ll take it kind if you’d step down into that there cabin and get me a – well, a – shiver my timbers ! I can’t hit the name on ’t ; well, you get me a bottle of wine, Jim. » Déodat Serval traduit ainsi : « Oh ! fit-il. Eh bien, c’est malheureux : on perd son temps, alors, à tuer le monde. En tout cas, les esprits ne comptent pas pour grand-chose, à ce que j’ai vu. Je courrai ma chance avec les esprits, Jim. Et maintenant que tu as parlé librement, ce serait gentil à toi de descendre dans la cabine et de m’en rapporter une… allons, allons, une… mort de mes os ! je ne parviens pas à le dire… ah oui, tu m’apporteras une bouteille de vin, Jim », alors que Jean-Jacques Greif ose : « Ah. Ben c’est malheureux – ce srait (sic) comme si qu’on perdait son temps à tuer les gens. N’empêche, les asprits (sic) comptent pas lourd, à c’que j’en ai vu. J’tente ma chance avec les asprits, Jim. Et maintenant, t’as parlé c’que tu voulais, que j’trouverais aimabe (sic) si tu descendais dans c’te cabine-là et m’ramènerais un – ah ben, un – casse ma carcasse, le nom m’revient pas ! Bon, tu m’ramènes une bouteille de vin, Jim. »
Que les éditions Tristram et leur traducteur soient remerciés : présenté dans un magnifique écrin (la couverture est de toute beauté), ce joyau quelque peu oublié permettra au lecteur de découvrir ou de retrouver avec un plaisir renouvelé l’Amiral Benbow, l’Hispanolia, la terrifiante marque noire et tous ces personnages plus truculents les uns que les autres que sont Jim Hawkins, Silver, Black Dog…

Éric Bonnargent

L’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson
Traduit de l’anglais (Écosse) par Jean-Jacques Greif
Tristram, 320 pages, 19,90

Un trésor de traduction Par Eric Bonnargent
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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