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Essais Dans le frigo

novembre 2018 | Le Matricule des Anges n°198 | par Anthony Dufraisse

Créer, d’accord, mais quel est le quotidien des artistes ? Une trentaine de témoignages abordent la vie de tous les jours.

Les Artistes ont-ils vraiment besoin de manger ?

Thomas Vinau, Peggy Vialat, Mathieu Simonet, Laurent Sagalovitsch, Marie Laforêt, Quentin Faucompré… Ce qu’il en coûte de créer, ils en parlent ici. Ils sont trente et un très exactement à témoigner. Ils et elles sont écrivains, traducteurs, photographes, peintres, musiciens, illustrateurs, réalisateurs et ils mènent, bon gré mal gré, une vie artistique. Mais comment remplissent-ils le frigo ? C’est cette question domestique qui a poussé Coline Pierré et Martin Page, couple à la ville et parfois tandem de travail, à réaliser ce livre d’entretiens, auquel eux-mêmes participent, et qui paraît à l’enseigne de leur petite maison d’édition associative baptisée Monstrograph. À chacun des contributeurs il a donc été soumis le même questionnaire : « Nous parlons de nos vies d’artistes dans ce qu’elles ont de plus trivial et profane : le quotidien, le travail, l’argent, la famille, tous les gros mots, en fait, et c’est une parole qu’on n’entend pas souvent. » Combien les initiateurs du projet ont raison : sans être totalement tabous, ces sujets restent habituellement dans l’ombre, invisibles car dans un angle mort. Là, on passe de l’autre côté du miroir. Et le fait que le sommaire s’organise dans le sens inverse de l’ordre alphabétique est, nous semble-t-il, un acte, conscient ou non, qui a du sens : ici, on veut aller à rebours de l’idée selon laquelle les artistes ne se préoccuperaient pas des contingences de la vie quotidienne.
Foutaises, évidemment. Sauf très rares exceptions, la plupart galère pour joindre les deux bouts. Entre deux épiphanies créatrices, ils rusent avec les emmerdes financières : « Le curseur de mon angoisse est directement lié à l’état de mon compte en banque », admet Julie Bonnie, musicienne touche-à-tout. On vit à l’économie, « au ralenti » dit Sagalovitsch, on rabote ici, on rogne là, vivant sous un régime de la frugalité plus ou moins imposée. Bref, système D. Droits d’auteur, bourses, commandes, ateliers, jobs salariés ou boulots alimentaires permettent de poursuivre son activité coûte que coûte et, le cas échéant, d’entretenir sa petite famille. Cet aspect de l’ouvrage – tout ce qui touche à la vie familiale – est d’ailleurs l’un des plus intéressants. L’expérience de la parentalité, le rôle des proches, la porosité permanente entre travail et vie privée, ce sont des facettes de la création dont, là encore, on parle trop rarement ailleurs. Fragmentation du temps créatif, interruption intempestive, mise entre parenthèses du travail en cours… l’organisation de la vie comme elle va au quotidien nécessite pour tous des concessions, un art délicat de la composition. Bref toutes choses que l’on pourrait grouper sous le terme d’« ajustements », pour citer la jeune romancière Julia Kerninon.
Un des autres intérêts de ce livre, quoique plus convenu celui-là, c’est qu’il questionne aussi la perception que chacun se fait de soi-même et de sa créativité. Si les contributeurs évoquent leurs conditions de vie, ils exposent donc aussi, dans un mouvement peut-être plus introspectif et de façon relativement objectivée, la relation qu’ils ont à leur discipline artistique respective. Et c’est François Bon, si ce n’est la voix de la sagesse en tout cas celle de l’expérience, qui résume sans doute le mieux l’enjeu/l’esprit de cet ouvrage : « Il faut construire, qu’on n’attende pas que la question surgisse du dehors pour se déterminer. » Quoi qu’on fasse, il faut, pour œuvrer, être à la manœuvre de sa vie, ne pas se laisser dicter sa conduite par ce qui vient de l’extérieur. Une ligne de conduite de vie que chacun des contributeurs de ce livre essaie de mettre en application, au jour le jour.

Anthony Dufraisse

Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? Entretiens menés par Coline Pierré et Martin Page, Monstrograph, 352 pages, 16

Dans le frigo Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°198 , novembre 2018.
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