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Domaine français Babillardes pour les potes

novembre 2018 | Le Matricule des Anges n°198 | par Éric Dussert

Réformateur, explorateur-pédagogue et homme de lettres, Fernand Deligny est offert ici dans son intimité épistolière. Un régal.

Correspondance des Cévennes, 1968-1996

Vient de paraître la Correspondance de Fernand Deligny (1913-1996), cet éducateur hors norme dont L’Arachnéen a déjà publié un monumental volume d’œuvres réunies (2007). Pivot de la réforme de l’éducation spécialisée, contact de Gilles Deleuze qui s’intéressait à son travail, il contribua à la réforme de la prise en charge des enfants autistes, en particulier. Toujours cum grano sali. En 1945, il faisait ce point au mitan de sa carrière dans Graine de crapule. Conseils aux éducateurs qui voudraient la cultiver : « Quand tu auras passé trente ans de ta vie à mettre au point de subtiles méthodes psycho-pédiatriques, médico-pédagogiques, psychanalo-pédotechniques, à la veille de la retraite, tu prendras une bonne charge de dynamite et tu iras discrètement faire sauter quelques pâtés de maisons dans un quartier de taudis. Et en une seconde, tu auras fait plus de travail qu’en trente ans. » Il balancera un peu plus tard ses Balivernes pour un pote chez Seghers (1978) dans le volume inaugural de la collection « Textes fous ». Deligny avait le goût du défrichage des voies nouvelles, un appétit flagrant pour les idées et un but, la nécessaire évolution du traitement des enfants différents. Il exprimait ses préoccupations avec un humour plein de légèreté, teinté d’une mélancolie qui perce parfois dans les lettres réunies par Sandra Alvarez de Toledo. Une énergie dominait tout chez lui, alliée à un beau sens de la vie : « tout léger, tout gai / voilà bien comment il faut s’efforcer de vivre./ Et, pour ce faire les Christophe et autres enfants surnommés psychotiques sont nos maîtres. » (Lettre à Claude et Chantal B., 7 mai 1974).
Si sa plume ressemble parfois presque à celle de Gaston Chaissac, fausse naïveté en moins, Deligny régale ses amis de commentaires sur ses réseaux et projets, offre des notations plus ou moins amusées sur ses travaux en cours et lance quelques balles issues de ses réflexions. L’époque est mouvante, les idées sont profuses, les changements et ruptures nombreux. Une lettre mémorable à Louis Althusser datée du 26 avril 1977 rédigée à la suite d’une visite de ce dernier donne le ton : « Comme vous aviez dit : - “à bientôt”, j’avais gardé ma belle chemise. Samedi dernier, il m’a fallu en changer sous la pression de mes proches et puis parce qu’il se met à faire chaud.
« Il se met à faire chaud alors qu’il faudrait que je me livre à un exercice qui ressemble fort à un numéro d’équilibriste qui tiendrait dans le creux de ma main ouverte – donc il ne “tiendrait” pas – la pointe d’une pyramide ouverte où on jetterait n’importe quoi.
« Je reçois des lettres de faire-part d’existence toute neuve de “tentatives” qui se pointent ici et là comme champignons à la saison. ils me disent qu’ils ont des poules, des lapins, des enfants ; ils ne me disent pas les zidées qu’ils ont.
« Une tentative est un phénomène politique : tous ces gens qui se tirent, s’implantent dans des conditions précaires, pas immigrés, bien sûr, exilés plutôt.
« Pas question de créer un mouvement, d’établir une charge, de fédérer, ou je ne sais quoi. Certains sont anti-tout et mélangent tout (Gentis, Guattari, Mannoni, Basaglia, Laing-Cooper, Deligny) ; le besoin qu’ils ont de se raccrocher à… est flagrant. »
Et il ajoute après avoir signé sa missive : « P. S. vous n’avez pas emporté ce cendrier au creux duquel on pourrait mettre l’essentiel de ce que K. Marx a proposé. »
Parmi ses autres correspondants : Marcel Gauchet, Guattari, Chris Marker, Truffaut, Françoise Dolto et on en passe. Deligny a depuis 2007 prit sa place dans l’histoire intellectuelle du siècle dernier, en voici une nouvelle démonstration.

Éric Dussert

Correspondance des Cévennes, 1968-1996
de Fernand Deligny
Édition présentée par Sandra Alvarez de Toledo, L’Arachnéen, 1319 pages, 45

Babillardes pour les potes Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°198 , novembre 2018.
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