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Théâtre Folie et résistance

février 2019 | Le Matricule des Anges n°200 | par Laurence Cazaux

Le Britannique Dennis Kelly interroge la brutalité d’une vie qui bascule.

Girls & Boys est le monologue d’une femme dont on ne connaîtra jamais son nom. Elle se raconte, avec beaucoup d’humour tout d’abord : « J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol EasyJet et je dois dire que cet homme m’a tout de suite déplu. » Une situation plutôt incongrue et burlesque, la rencontre de celui qui sera son futur mari avec deux très belles femmes mannequins, la fait changer d’opinion radicalement. Mais la première impression flotte dans l’air, comme un avertissement.
Dans la deuxième scène, la femme semble aux prises avec ses deux enfants, Leanne et Danny. On n’entend jamais les enfants, juste elle qui a du mal à se faire obéir. Puis elle revient sur sa vie amoureuse et professionnelle qui semble se dérouler au mieux : un mari au départ très compréhensif et un boulot où elle excelle.
Le début de la scène 5 déclenche une nouvelle alerte : « Je pense beaucoup à la violence. » Et tout d’un coup, elle raconte une belle engueulade du couple à propos d’une tuerie de masse aux États-Unis : « Et je me retrouve à dire mais pourquoi est ce que ça nous choque tous tant que ça ? Je veux dire, c’est juste comme un truc qu’on a en nous, ce… ce truc de violence incompréhensible. (…) et est-ce que tout ça, ça ne vient pas, enfin, un peu de la même pulsion masculine. »
La pièce bascule lors d’une autre séquence où elle invente un jeu avec ses enfants. Une scène assez stupéfiante où sa fille propose un jeu très complexe pendant que son garçon joue à bombarder les gratte-ciel puis à détruire la planète entière. Elle arrête cette séquence, regarde le public. Puis explique : « Au fait, je sais bien qu’ils ne sont pas là. Mes enfants. Ce n’est pas comme si… Je veux dire ce n’est pas comme si je croyais qu’ils étaient là pour de vrai. Je sais bien que non. Je sais bien qu’ils ne sont pas là, je sais bien qu’ils sont morts. »
L’on découvre alors qu’elle réinvente depuis le début la présence de ses enfants. Comme une manière de tenir debout et de lui permettre d’aller au bout de la confession de sa tragédie. Nous glissons dans la violence déclenchée par la perte de la domination masculine de son mari mise à mal par sa réussite à elle.
De burlesque, l’écriture de Dennis Kelly devient clinique. Sur un sujet aussi tragique, il n’y a pas de pathos. Presque une forme de pudeur pour aborder l’insoutenable. La tension que l’on sent monter tout au long de la pièce trouve son exutoire dans l’aveu de l’horreur, détaillé comme un rapport d’autopsie. C’est particulièrement poignant de comprendre comment cette femme fait pour rester debout, comment elle arrive encore à vivre après une perte aussi immense, après la haine, la culpabilité et la douleur qui la submergent. Elle raconte par exemple comment elle a perdu ses souvenirs, parce qu’ils sont entachés de sa présence à lui. « Et un souvenir pour moi, c’est heureux, ce sont des endroits tellement beaux. Et lui, cet homme, la négation même du bonheur, il n’a pas sa place là. Je ne peux pas l’avoir, lui, là avec moi et les enfants. Alors ce que je fais, je les réécris. Je réécris ces souvenirs, mais avec lui qui n’est pas là. C’est comme ça que je fais, et ça marche. » Tous les moments étranges du texte, où elle parlait à des absents, prennent alors une tout autre dimension.
Le texte interroge sur la violence et la folie humaine : « Que la société – cette construction incroyable, extraordinaire, étrange, merveilleuse et complexe que l’on a bâtie sur les échanges entre êtres humains et sur la coopération – que la société avait été créée pour les hommes. Pour favoriser les hommes, leur donner le pouvoir, pour que les hommes la dirigent et la protègent. J’ai réfléchi beaucoup à ça. / Et vous savez, je ne crois pas que cela soit vrai. / Vraiment, je ne crois pas. / On n’a pas créé la société pour les hommes. / On l’a créée pour contenir les hommes. » Et elle reste à veiller le sommeil de ses enfants morts. Bouleversant.

L. Cazaux

Girls & Boys, de Dennis Kelly
Traduit de l’anglais par Philippe Le Moine,
L’Arche, 96 pages, 13

Folie et résistance Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°200 , février 2019.
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