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Domaine étranger Désunion en chaîne

février 2019 | Le Matricule des Anges n°200 | par Camille Cloarec

Reportage de longue haleine sur les conséquences de la fermeture d’une usine aux États-Unis, Janesville déconstruit les rêves et les bases d’une nation entière.

Janesville : une histoire américaine

Le 23 décembre 2008, à 7 h 07 précisément, la dernière Chevrolet Tahoe sort de l’usine d’assemblage de Janesville, plongeant la ville dans une misère sans précédent. Depuis le 14 février 1923, « pendant huit décennies et demie, cette usine, (qui) tel un puissant sorcier, a régi les rythmes de la ville » entraîne l’État entier du Wisconsin dans sa chute. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il s’agissait d’une usine de montage de 446 000 m², employant 7 000 ouvrier.ère.s. Plusieurs entreprises dont le produit est lié à General Motors mettent également la clé sous la porte, faisant dégringoler le taux de chômage de Janesville à 13,40 %. C’est alors que la journaliste Amy Goldstein, rédactrice pour le Washington Post et lauréate du prix Pulitzer du reportage, amorce son enquête.
De 2008 à 2013, cette dernière suit le quotidien de Janesvilloises et de Janesvillois. Cette ville connue « pour son esprit volontariste – pour l’optimisme de ses habitants qui ont foi dans leur capacité de façonner leur destinée », dans laquelle les femmes travaillaient pour l’usine Parker Pen et les hommes pour GM, payés 28 dollars de l’heure, peine désormais à se redresser depuis ces deux fermetures consécutives. Il y a la famille Wopat, fièrement « GM » syndicaliste depuis la nuit des temps : Marv, retraité après quarante années de service chez General Motors, et son fils Matt, employé durant treize ans qui se voit forcé de se réorienter du côté obscur de la force, à savoir les ressources humaines. Il y a Mary Willmer, banquière aisée qui se qualifie d’ambassadrice de l’optimisme et élabore un plan d’attaque un peu éloigné des réalités du terrain, permettant à sa ville de rebondir économiquement. Il y a Kristi et son amie Barb, incarnant « l’avant-garde de la réussite personnelle », premières parmi leur génération à reprendre leurs études dans l’espoir d’une vie meilleure. Elles se dirigent vers le droit, qui les mène à la surveillance de prison – et à la dépression. Enfin, il y a Ann Forbeck, assistante sociale à l’origine du projet 16:49, qui recueille les jeunes à la rue (16 h 49 étant la durée moyenne de pause entre la fin des cours et la reprise du lendemain).
Avec la fermeture de l’usine, ce sont donc tous les fondements de Janesville qui s’écroulent. Les enfants financent les courses alimentaires de la maisonnée, des familles qui auparavant étaient confortablement installées dans des maisons avec deux étages et piscine se retrouvent à mendier à la soupe populaire, et les dirigeants politiques supplient à genoux General Motors de revenir. Le plus gros programme de mesures incitatives de l’histoire du Wisconsin est alors lancé, se soldant par une fin de non-recevoir. « L’échec de la croisade lancée pour rouvrir l’usine d’assemblage est si contraire à la longue et fière tradition de renaissance de la ville », et achève de disloquer Janesville en deux : ceux qui, pas complètement atteints, espèrent, et ceux qui, à terre, désespèrent.
Des pères de famille s’expatrient dans l’usine GM la plus proche, Fort Wayne (450 km), d’autres reprennent le chemin des études, d’autres encore abandonnent. Amy Goldstein dépeint avec objectivité et justesse ces parcours de vie défaits, qui rêvaient à un pays bien plus juste, contestant cette « idée ancrée dans un mythe culturel durable, remontant à la fondation de l’Amérique, vue comme une terre offrant à son peuple l’opportunité de se réinventer ». L’american dream est un mirage plus que jamais inatteignable, abrupte réalité que sans doute même Barack Obama, qui a fait figurer l’ouvrage parmi la liste de ses dix lectures préférées en 2017, ne saurait contester. Et qui, en rendant risible le slogan de Janesville (« Des gens qui travaillent ensemble »), préfigure tristement la noirceur à venir.

Camille Cloarec

Janesville : une histoire américaine, d’Amy Goldstein,
traduit de l’anglais (États-Unis) par Aurélie Tronchet,
Christian Bourgois, 336 pages, 23

Désunion en chaîne Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°200 , février 2019.
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